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Edito
Depuis
quelques semaines, et à un mois de l'ouverture de la
Convention Nationale, les signaux lancés par la junte
militaire birmane sont pour le moins contradictoires.
D'un
coté, les libérations de journalistes ou d'opposants
de haut rang se succèdent à un rythme régulier,
même si l'on est loin d'une vague de grande ampleur. Aung
San Suu Kyi elle-même, nous l'avons déjà dit,
devrait être libérée sous peu. Comme on le
lira plus bas dans ces lignes " les plus optimistes
estimaient que d'ici samedi, ou ce jour-là, Mme Suu Kyi
pourrait être libérée".
De
l'autre, la pression à l'intérieur du pays reste
très forte, en particulier sur celles et ceux qui
souhaitent réellement œuvrer à la
démocratisation du pays. La NLD se plaint par exemple de la
criminalisation de toute forme de critique du projet de Convention
Nationale, ce qui, pour le moins, augure mal du climat dans lequel
celle-ci pourra se tenir, tout comme la non invitation de la Ligue
Arakanaise pour la Démocratie (ALD) et des autres partis
politiques Arakanais.
Cette réalité, que nous
exposons dans ce numéro, peut s'expliquer au moins de deux
façons: soit les militaires tentent de limiter au maximum
la portée des changements à venir, craignant
peut-être même un nouveau mouvement populaire du type
de celui qu'a connu la Birmanie en 1988 -ce qui de notre point de
vue est extrêmement peu crédible-, soit à
l'inverse les généraux se contentent actuellement de
donner à peu de frais des gages de bonne volonté à
la Communauté Internationale, tout en empêchant dans
les faits l'avènement d'un système démocratique.
Dans cette deuxième hypothèse, le risque serait
grand de voir le régime banalisé (en étant
par exemple accepté au sein des réunions de l'ASEM)
sans avoir évolué le moins du monde. A cet égard,
on suivra avec intérêt les résultats de la
prochaine rencontre de Bangkok, mais aussi de celle de Dublin
entre les partenaires européens et asiatiques de l'ASEM ce
week-end.
Ces deux visions de la situation actuelle
polarisent plus ou moins les opinions. Avant de voir, dans
l'avenir proche, que évolution se dessine, nous laissons la
conclusion à un récent rapport d'Amnesty
International: " Pour démontrer leur engagement dans
un processus transparent et intégral de Convention
Nationale, le SPDC doit libérer tous les prisonniers de
conscience immédiatement et sans condition. Les libérations
sélectives de quelques individus ne dissiperont pas le
climat de peur et de répression qui pourrait miner le
processus. Des réformes du système judiciaire de la
criminalité, incluant les réformes d’une
législation qui a été utilisée depuis
longtemps pour réprimer les dissidents politiques, sont
prioritaires dans le processus de transition. "
Libération
de deux adjoints d'Aung San Suu Kyi 13
avril 2004
Deux adjoints d'Aung San Suu Kyi, dirigeante du
principal parti d'opposition en Birmanie, Aung Shwe et U Lwin, ont
été remis en liberté mardi après près
d'un an de détention. Aung Shwe, président de la
Ligue nationale pour la démocratie (LND), et U Lwin,
secrétaire, étaient en résidence surveillée
à Rangoon et leur libération laisse espérer
celle, prochaine, de Aung Suu Kyi et de Tin Oo, vice-président,
les deux derniers hauts responsables de la LND restant en
résidence surveillée
Khin
Maung Win ("Sunny") a été libéré Source:
RSF, 13 avril 2004
Khin Maung Win, dit Sunny,
photographe et cameraman attaché à la Ligue
nationale pour la démocratie (LND, opposition) a été
libéré le 9 avril 2004. Il avait été
arrêté le 13 juin 1997 pour avoir participé à
la réalisation et à la sortie vers l'étranger
d'une interview d'Aung San Suu Kyi, puis condamné à
7 ans de prison.
Reporters sans frontières se
réjouit de cette libération, mais regrette qu'elle
ne soit pas intervenue plus tôt. L'association reste
inquiète quant à la santé physique et mentale
des onze journalistes toujours emprisonnés. Reporters sans
frontières réitère son appel à
l'intégration de la liberté de la presse dans la
"feuille de route vers la démocratie" proposée
par la junte birmane au pouvoir.
Lors de sa sortie, Sunny,
44 ans, a déclaré dans un entretien avec la radio
Democratic Voice of Burma, qu'il était en bonne santé
mais qu'il avait besoin de temps pour reconstruire sa vie.
Concernant ses conditions de détention, le journaliste
s'est essentiellement plaint d'avoir été détenu
successivement dans 4 prisons différentes, aux quatre coins
du pays (Rangoon, Kalay, Loikaw, Khantee), ce qui a rendu d'autant
plus difficiles les rares visites autorisées de sa
famille.
Il avait été interpellé en
même temps que quatre autres membres de la LND. Ils avaient
organisé la sortie à l'étranger d'un
enregistrement vidéo d'un entretien avec le Prix Nobel de
la Paix, Aung San Suu Kyi, dont Sunny avait assuré la
réalisation. La vidéo avait ensuite été
diffusée lors d'une conférence de presse en marge
d'un sommet de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est
(ASEAN). Le 27 juin 1997, le lieutenant général Khin
Nyunt, chef des services secrets militaires (MIS) avait accusé
le groupe de "collaboration avec des activistes
antigouvernementaux à l'étranger et avec des
militants de la destruction à l'intérieur du pays".
Le procès avait été expéditif, sans
possibilité de se défendre.
Photographe et
cameraman de profession, Khin Maung Win s'était engagé
au sein de la LND, le parti d'Aung San Suu Kyi, au début
des années 1990.
Aung
San Suu Kyi, logiquement en première ligne pour une
libération Source: AFP, 14 avril
2004
Au lendemain de la libération
de deux de ses adjoints, l'opposante birmane Aung San Suu Kyi se
retrouvait logiquement en première ligne mercredi pour une
levée de son assignation à résidence que les
analystes estimaient devoir être proche.
"Tout
le monde s'attend à la voir libérée
rapidement", déclarait l'un d'entre eux après
la levée de l'assignation à résidence de ses
deux proches lieutenants, Aung Shwe et U Lwin.
Sur les neuf
membres de la Comission exécutive centrale (CEC) de la
Ligue nationale pour la démocratie (LND), principal parti
d'opposition en Birmanie, seuls Mme Suu Kyi et Tin Oo,
respectivement secrétaire général et
vice-président de la LND, demeurent assignés à
leur domicile de Rangoun.
L'ensemble de la direction de la
Ligue et des dizaines de militants avaient été
arrêtés à la suite d'un assaut violent
--apparemment ordonné par la junte-- d'un convoi de la LND
le 30 mai 2003, dans le nord du pays.
La sécurité
avait été levée mercredi autour des domiciles
d'Aung Shwe et U Lwin, qui n'avaient pas encore profité de
leur nouvelle liberté, tandis que les Birmans s'adonnaient
joyeusement dans les rues aux arrosages traditionnels pour le
festival de Thingyan, qui marque l'arrivée de la nouvelle
année.
En revanche, des barbelés avaient été
posés à une centaine de mètres de la
résidence de Mme Suu Kyi, dans l'avenue de l'Université,
dont l'accès était déjà limité
aux riverains ou visiteurs officiels, a constaté l'AFP.
La
libération d'Aung Shwe, président de la Ligue, et de
U Lwin, secrétaire, est apparemment liée à la
préparation de la convention nationale convoquée par
le régime militaire birman afin de rédiger une
Constitution.
Les deux octogénaires ont été
personnellement invités par le gouvernement à cette
convention qui doit s'ouvrir le 17 mai et est censée lancer
un processus de démocratisation.
Mais la LND n'a
toujours pas décidé si elle y participerait: elle
veut pour cela pouvoir réunir au complet son instance
dirigeante.
"Nous devons toujours avoir des
discussions ouvertes avec Aung San Suu Kyi et Tin Oo", a
déclaré l'un des membres de la CEC, Than Tun.
Des
sources du parti ont indiqué que les sept des neuf membres
désormais libres de la CEC devaient se réunir
samedi. Certains ont laissé entendre que la CEC pourrait se
rendre au domicile de Mme Suu Kyi.
"Auront-ils le
droit d'aller chez elle? C'est possible. Aussi longtemps qu'elle
n'est pas relâchée il faut une autorisation pour
aller la voir", soulignait un diplomate occidental.
Les
plus optimistes estimaient que d'ici samedi, ou ce jour-là,
Mme Suu Kyi pourrait être libérée, comme le
réclament avec insistance les Etats-Unis et l'Union
Européenne (UE).
Une convention sans la LND n'aurait
aucune crédibilité à un moment où la
Birmanie tente de prouver qu'elle peut lancer une transition
démocratique.
Une précédente
convention avait échoué en 1996, la LND --qui avait
remporté les élections en 1990 dont la junte n'a
jamais reconnu le résultat-- en ayant claqué la
porte après avoir estimé qu'elle était non
représentative.
Samedi également s'ouvre en
Irlande une rencontre ministérielle de deux jours
Europe-Asie qui risque fort d'être empoisonnée par le
profond différend sur la participation de Rangoun au Forum
Europe-Asie (ASEM) de Hanoï, en octobre.
L'UE, qui a
imposé des sanctions économiques à la
Birmanie pour ses violations des droits de l'Homme, ne veut pas
voir ce pays participer à la grand-messe, qui apparaît
menacée si un compromis n'est pas trouvé avec
l'Asie.
"Il leur (ndlr: à la junte) a
certainement été dit que si les choses
s'amélioraient avant la réunion d'Irlande ça
faciliterait les débats", ajoute le diplomate, en
référence à une libération de Mme Suu
Kyi.
Un
magazine populaire interdit de parution Source:
Reporters Sans Frontières, 9 avril 2004
Reporters sans frontières a récemment appris
que Hsenpai (Variétés), publication populaire en
langue birmane de l'Etat de Shan a reçu l'ordre de mettre
un terme à sa parution après avoir commencé à
traiter des informations politiques. Le huitième et dernier
numéro, publié en juin 2003, comportait un reportage
sur une rencontre entre l'Alliance des nationalités unies
et Razali Ismail, envoyé spécial de l'ONU. Suite à
sa parution, le Service d'intelligence militaire birman (MIS) a
menacé Sai Nood, le rédacteur en chef, de poursuites
judiciaires si le journal continuait de sortir.
Reporters
sans frontières condamne la censure imposée au
magazine Hsenpai. L'organisation demande à la junte birmane
d'intégrer la liberté de la presse à sa
"feuille de route vers la démocratie". "La
liberté d'information est une condition nécessaire à
toute ouverture vers la démocratie. Sans cela, la "feuille
de route" n'a aucune raison d'être", a déclaré
Reporters sans frontières.
Le numéro 7 de
Hsenpai, de mars 2003, annonçait déjà que,
dès le numéro suivant, des informations politiques
seraient incorporées au magazine. Sai Nood avait été
emprisonné de février à mai 2003. Le
rédacteur en chef a depuis décidé de
contourner cette censure en changeant de publication. Il édite
maintenant, depuis Rangoon, Lied Hsiao (Malin), un magazine de
bandes dessinées à l'attention de la minorité
ethnique Shan. Le premier numéro est paru en mars 2004.
"Personne ne sait combien de temps cette publication va
durer. Mais vous pouvez parier que les autorités l'auront à
l'?il", a déclaré un journaliste du nord de
l'Etat de Shan.
Respect
des droits de l’homme pendant la Convention Nationale 31
mars, Amnesty International
Un nouveau rapport publié
par Amnesty International révèle que la situation
des droits de l’homme en Birmanie reste préoccupante.
L'organisation estime à 1 300-1 400 le nombre de
prisonniers politiques, la plupart prisonniers de conscience ; les
arrestations politiques continuent pendant les préparatifs
de la Convention Nationale.
" Arrestations arbitraires
; torture et mauvais traitements ; impossibilité pour les
détenus de communiquer avec l’extérieur;
jugements arbitraires et des lois qui restreignent gravement la
liberté l’expression et de réunion sont des
obstacles majeurs à toute amélioration dans le
domaine des droits de l’homme en Birmanie, " remarque
Amnesty International.
Amnesty International a été
autorisée à se rendre en Birmanie pour la première
fois l’année dernière et plus récemment
en décembre.
Birmanie : administration de la justice
- - les informations recueillies auprès de représentants
du gouvernement, des prisonniers politiques et de membres de la
société civile birmane reflètent des
inquiétudes graves et constantes.
Anticipant sur la
Convention Nationale qui devrait se tenir cette année,
Amnesty International continue d’appeler à la
libération de tous les prisonniers de conscience et somme
le Conseil d’Etat pour la Paix et le Développement
(le SPDC- le gouvernement militaire birman) d’assurer la
protection des droits de l’homme pendant la Convention
Nationale et dans la nouvelle Constitution.
" Le SPDC
doit en particulier garantir que les libertés d’expression
et de réunion seront respectées pendant la
Convention et que nul ne sera arrêté pour avoir
exercé ces droits. De la même façon, il
est primordial que la garantie des droits de l’homme soient
introduite dans la nouvelle constitution.
De nombreux
participants qui pourraient prétendre légitimement
au processus de rédaction d’une constitution sont en
détention ou assignés à résidence.
Cela inclut des candidats de plusieurs partis élus aux
élections législatives, de jeunes leaders politiques
et d’autres membres importants de la société
civile.
Les arrestations, la surveillance et l’intimidation
de membres des partis d’oppositions se poursuivent pendant
les préparatifs de la Convention Nationale. Des membres et
des dirigeants de ces partis ont été suivis,
interrogés et intimidés pour avoir tenté de
s’engager dans des activités politiques légitimes
et pacifistes. Certains ont été arrêtés
pour avoir participé à des manifestations non
violentes, appelant par exemple à la libération de
tous les prisonniers politiques.
Amnesty International a
déclaré que " de tels évènements
ne favorisent pas un climat dans lequel les participants à
la Convention Nationale se sentiraient aptes à collaborer
de façon libre et ouverte. Les participants qui sont
toujours en détention doivent être libérés
et les arrestations politiques doivent cesser immédiatement.
"
Lors du dernier processus de Convention Nationale en
1993-1996, des participants ont été condamnés
à de longues peines de prison pour avoir émis des
critiques sur le processus. La Convention est aujourd’hui
reconduite par le SPDC en tant qu’étape dans la "
feuille de route " en sept points pour la transition
politique.
Le nouveau rapport exprime également des
inquiétudes considérables au sujet des arrestations
et détentions abusives de prisonniers politiques. Ces excès
incluent aussi les arrestations arbitraires menées pas les
services secrets militaires (Military Intelligence, MI), des
interrogatoires prolongés accompagnés de tortures et
mauvais traitements, des détentions sans jugement;
l’impossibilité de communiquer avec l’extérieur
; des dénis d’accès à un avocat, à
des soins médicaux adéquats et interdiction de
recevoir des membres de leur famille ; et l’impossibilité
pour les accusés de contester la légalité de
leur détention. Les procès politiques sont souvent
sommaires, loin de respecter les exigences internationales, les
détenus se voient systématiquement refuser le droit
à une délibération légale, le doit à
être présumé innocent et à faire appel
à des témoins pour une
contre-enquête.
" La torture et les mauvais traitements envers les
prisonniers politiques se perpétuent en Birmanie. Il est
vital que les forces de police et les services secrets militaires
arrêtent de garder en détention prolongée des
prisonniers politiques qui n’ont aucune possibilité
de communiquer avec qui que ce soit, une pratique qui favorise
l’usage de la torture.
Le rapport d’Amnesty
conclut en déclarant : " Pour démontrer leur
engagement dans un processus transparent et intégral de
Convention Nationale, le SPDC doit libérer tous les
prisonniers de conscience immédiatement et sans condition.
Les libérations sélectives de quelques individus de
ne dissiperont pas le climat de peur et de répression qui
pourrait miner le processus. Des réformes du système
judiciaire de la criminalité, incluant les réformes
d’une législation qui a été utilisée
depuis longtemps pour réprimer les dissidents politiques,
sont prioritaires dans le processus de transition. "
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