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Le
dissident birman Tin Oo est libéré de prison et
placé en résidence surveillée Source:
AP, 15 février 2004
La junte militaire au pouvoir en
Birmanie a libéré samedi soir Tin Oo, le
vice-président du principal parti d'opposition birmane,
avant de le placer en résidence surveillée à
son domicile à Rangoon, ont déclaré dimanche
les proches de cet influent dissident birman. Vice-président
de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), Tin Oo, 77
ans, a été libéré tard samedi de la
prison de Kale dans le nord du pays. Il y était détenu
depuis des affrontements sanglants survenus le 30 mai dernier
entre les militants d'opposition et des partisans de la junte
militaire, ont précisé des membres de la famille de
Tin Oo, ayant requis l'anonymat. A la suite de cet incident,
Tin Oo, ainsi que la dirigeante de la LND Aung San Suu Kyi et des
dizaines d'autres responsables de ce parti d'opposition ont été
mis en détention par le gouvernement birman. Mme Suu
Kyi, prix Nobel de la paix 1991, le président du comité
exécutif de la LND, Aung Shwe, ainsi que le secrétaire
du parti, U Lwin, sont toujours en résidence surveillée.
L'actuelle junte militaire s'est emparée du pouvoir en
1988 après avoir écrasé un soulèvement
pro-démocratique. Des élections ont été
organisées deux ans plus tard, mais les militaires ont
refusé de reconnaître les résultats après
la victoire écrasante de la LND, la formation d'Aung San
Suu Kyi.
Interview
du Dr Tint Swe, membre de la LND et du gouvernement en
exil Réalisée au forum
social mondial de Bombay par Rosa Moussaoui du journal Avant
Garde, Mensuel des jeunes communistes
Alors qu’Aung
san suu Kyi est toujours détenue dans les geôles de
la junte militaire, de nombreux opposants Birmans étaient
présents sur le Forum social Mondial pour faire entendre
les voix étouffées par une dictature oubliée
de la communauté internationale. Parmi eux, nous avons
rencontré Le Dr Tint Swe, de la Ligue Nationale pour la
Démocratie, et membre du gouvernement en exil.
Vous
êtes en faveur de sanctions économiques à
l’encontre de la Birmanie. En quoi ces sanctions
peuvent-elles changer les choses ?
Les sanctions
économiques sont la seule langue que le régime
militaire connaisse ; première raison. La deuxième
raison étant que, grâce aux sanctions déjà
en vigueur alors, ils ont libéré Aung San Suu Kyi
pour la première fois en 1995. Et encore une fois, sous la
pression des sanctions, les militaires au pouvoir ont accepté
de recevoir des rapporteurs spéciaux de l’ONU.
Ces sanctions nous aideront à contraindre le régime
militaire aux négociations et au dialogue. Nous avons
besoin de ces sanctions, même si elles ne suffisent pas.
Certains affirment que c’est le peuple qui sera victime
de telles sanctions. Nous ne sommes pas d’accord avec ce
point de vue. L’embargo sur les ventes d’armes à
la junte constitue la première des sanctions que nous
réclamons. Un tel embargo ne peut nuire au peuple. La
deuxième de ces sanctions n’est autre que le refus
d’attribution de visas aux généraux et à
leurs épouses. Encore une fois, rien à voir avec les
gens ordinaires. Et enfin, au chapitre des sanctions que nous
revendiquons, figure l’interdiction de tout nouvel
investissement des Etats-Unis et de l’Union Européenne
en Birmanie. Ce n’est pas le peuple birman qui est
bénéficiaire de ces investissements. Les profiteurs
sont les militaires et leurs amis. Ce sont eux qui s’occupent
de ces business et ce sont eux qui seront donc touchés par
de telles mesures. Ainsi, à la suite des sanctions
américaines déjà prises, les transactions par
carte de crédit ne sont plus possibles en Birmanie, d’où
un éventuel inconvénient pour les utilisateurs de
cartes de crédit. Mais, dites-moi, combien de personnes ont
recours, dans l’un des pays les moins développés
au monde, à une carte de crédit ? Certainement pas
les gens ordinaires. Seulement les militaires et leur entourage.
Donc, nous croyons dans les sanctions et nous les exigeons.
En
France, Lorsque les dirigeants de Total sont interrogés sur
les activités de cette firme en Birmanie, en étroite
collaboration avec la dictature militaire, ils répondent :
" nous ne faisons pas de politique ". Qu’en
pensez-vous ?
Total, pour la Birmanie et sous ce
régime, est véritablement synonyme de grosses
affaires. Plus de 40% de ces dollars qui proviennent
d’investissements directs étrangers sont consacrés
au budget militaire. Moins de 12% de ces dollars, en revanche,
sont consacrés à l’éducation et à
la santé. Par ailleurs, il y a eu des rapports publiés
concernant la violation des droits de l’homme suite au tracé
et à la pose d’un gazoduc qui, à partir
de Yadana, traverse la Birmanie et se poursuit jusqu’à
la frontière thaïe. Les violations des droits de
l’homme liées au chantier se poursuivent. Le régime
militaire en tire profit pour déclarer que Total le
soutient. Chaque fois qu’une multinationale est présente
en Birmanie, le régime le rend public et il y a toute une
couverture médiatique, que ce soit dans la presse ou à
la télévision, pour dire que ces multinationales le
soutiennent. Il en résulte un message brouillé. Nous
ne voulons pas qu’un message fallacieux soit délivré
au peuple. Ce serait accorder une sorte de légitimité
au régime et ça, nous ne le voulons pas.
KNU
et SPDC - Dernière minute Une
information émanant de The Irrawaddy le 24 février
2004 nous apprenait que des soldats de la KNU avaient attaqué
un poste de contrôle de l'armée birmane à
seulement quelques dizaines de kilomètres de l'endroit où
vient de s'ouvrir le troisième round de discussions entre
la KNU et le SPDC. Cette attaque, qui aurait fait 4 morts et 7
bléssés dans les rangs de l'armée birmane, ne
semble pas pour le moment devoir remettre en question les
pourparlers…
La
paix par petites touches Source: The
Irrawaddy Article publié par Courrier
International 12/02/2004, Numero 693
Les généraux
de Rangoon viennent de négocier un accord de cessez-le-feu
avec la guérilla karen. Mais il n'est toujours pas question
de discuter avec Aung San Suu Kyi et les dirigeants élus de
l'opposition.
L'Union nationale karen (KNU) est sans doute
le plus vieux mouvement dissident survivant en Asie du Sud-Est*.
Mais elle n'est rien d'autre, aux yeux de la junte militaire
birmane, qu'une bande désorganisée de "terroristes"
tribaux. La presse officielle a longtemps qualifié ses
dirigeants de "criminels" . Mais les temps ont changé.
Les adversaires parlent maintenant de paix. En janvier, le général
Saw Bo Mya, le chef emblématique du mouvement karen, s'est
envolé vers Rangoon pour la première fois de sa vie
afin de négocier la fin de plus de cinquante années
de combats. Les généraux au pouvoir ont déroulé
le tapis vert pour lui en qualité de vice-président
de la KNU et de commandant en chef des forces armées
karens. Le Premier ministre, le général Khin Nyunt,
a même organisé une fête d'anniversaire pour
son hôte, qui a eu 77 ans au cours de sa visite. Les
pourparlers se sont achevés sur un accord de cessez-le-feu,
qui doit encore être confirmé dans les semaines à
venir. La paix est-elle pour autant en vue pour les Karens ? Bo
Mya a longtemps été considéré comme un
opposant farouche à la junte, et il a fallu que les
autorités thaïlandaises fassent pression sur lui pour
finalement arriver à un accord avec Rangoon. La Thaïlande
tenait dur comme fer à sa politique de "zone tampon",
qui consiste à soutenir plusieurs groupes armés
tribaux le long de sa frontière avec le Myanmar. Mais,
depuis, elle a coupé les voies d'approvisionnement en
médicaments, en nourriture et en munitions destinés
à la KNU. Ne recevant plus ni armes ni argent, les
commandants de l'UNK ont présenté leurs griefs à
Bo Mya. Par ailleurs, les troupes birmanes terrorisent depuis
des mois les réfugiés karens, qui vivent dans des
camps situés le long de la frontière, et elles ont
chassé de chez eux de nombreux autres individus en les
repoussant vers l'intérieur du territoire. Désespérés,
les Karens désirent évidemment la paix. Mais ce
n'est pas leur drame qui fait avancer les discussions entre la KNU
et la junte. Ce sont plutôt des "tiers" qui ont
intérêt à ce que le processus de paix
progresse. Le Premier ministre thaïlandais Thaksin
Shinawatra, qui a noué des liens étroits avec les
dirigeants de Rangoon, a offert sa médiation. Et il a
demandé à son ministre de la Défense et à
ses forces armées de favoriser la réconciliation
entre la junte et les insurgés tribaux. Le magnat devenu
Premier ministre de la Thaïlande et son gouvernement ont
quelques intérêts économiques dans l'Etat
karen, notamment l'ouverture de nouvelles routes commerciales avec
le Myanmar à travers le territoire contrôlé
par les insurgés et la conclusion d'accords avec les
partenaires en affaires de M. Shinawatra dans l'exploitation
minière, le tourisme et l'énergie. L'année
dernière, le chef du gouvernement thaïlandais a confié
à la presse l'un de ses projets économiques : la
reconstruction du "chemin de fer de la mort" [ligne qui
avait été construite par des prisonniers de guerre
britanniques détenus par les Japonais pendant la Seconde
Guerre mondiale, comme l'a rappelé le célèbre
film Le Pont de la rivière Kwaï (1957)] dans la
province de Kanchanaburi afin de favoriser le développement
du commerce et du tourisme entre les deux pays. Et la clé
de la réussite réside dans la paix en territoire
karen. Rangoon a également ses raisons pour s'asseoir à
la table des négociations : le Premier ministre Khin Nyunt
souhaite la participation de toutes les communautés
ethniques à la Convention nationale. Mais certains n'ont
pas été invités à la fête : les
Shans, les Karens et de petits groupes armés basés
le long de la frontière ont été oubliés.
Sans doute s'agit-il de diviser pour mieux régner. Faire la
paix entre des ennemis de longue date est une tâche ardue,
mais les généraux ont montré ce dont ils sont
capables. Ils ont déjà négocié un
accord de cessez-le-feu avec des groupes armés dirigés
par des chefs de guerre de sinistre réputation et des
trafiquants de drogue. Le Prix Nobel de la paix et chef de
l'opposition Aung San Suu Kyi vit, elle, en résidence
surveillée depuis mai 2003. Les généraux
veulent la tenir à distance et refusent de lui parler,
marginalisant ainsi celle qui a remporté les élections
de 1990. Pour la junte militaire, qui ne veut qu'une chose - se
maintenir au pouvoir -, il est tout simplement inconcevable de
faire la paix avec Aung San Suu Kyi et les autres dirigeants élus.
On peut douter de la bonne volonté des généraux.
Les précédents pourparlers entre Rangoon et les
groupes armés n'ont pas abouti à une paix et à
une stabilité durables au Myanmar ; ils n'ont servi qu'à
pacifier certaines poches de révolte afin de permettre à
Rangoon de contrôler de nouveaux territoires et de faire des
affaires. Les chefs des Karens, qui l'ont bien compris, sont
d'autant plus prudents dans leurs négociations avec les
généraux retors de la junte.
* Formé
en 1947, un an avant que la Birmanie [ancien nom du Myanmar]
n'accède à l'indépendance, le mouvement lutte
pour la création d'un Etat karen dans le sud-est du
pays.
Interview
de Yord Serk, Shan State Army Source: The
Irrawaddy, février 2004
Le Colonel Yord Serk est le
commandant de l’armée de l’Etat de Shan-Sud
(Shan State Army / South). Il s’entretient ici avec le
correspondant de The Irrawaddy, Nico Westerbann, sur les chances
du succès d’une réconciliation nationale en
Birmanie, sur le problème de la drogue et le rôle de
la Thailande dans le processus de paix entamé par la junte
birmane avec les guérillas ethniques.
Existe-t-il
actuellement une quelconque tentative d’approche du SPDC
pour entamer des pourparlers de paix avec l’armée de
l’Etat de Shan ?
Il n’y a aucun
contact direct entre le SPDC et la SSA. Ils ne nous ont pas
approché. Le SPDC, avec la feuille de route du Premier
ministre Khin Nyunt et avec les récents pourparlers avec la
KNU (Union Nationale Karen), essaie juste de gagner du temps et
d’obtenir un soutien de la communauté
internationale. Les Birmans ont leur propre analyse de
la situation, et ils ne partagent pas celle développée
par le reste du monde ou par les groupes ethniques de Birmanie.
Ils pensent qu’ils ne peuvent compter que sur la république
populaire de Chine pour les soutenir.
Comment
percevez-vous les négociations de cessez-le-feu entre la
KNU et le SPDC au regard de l’appartenance de la KNU à
votre alliance militaire ?
Nous avons en effet
conclu une alliance militaire, mais il n’y a pas de point en
son sein qui interdisse de négocier avec l’ennemi.
Nous croyons fortement que par la négociation, il est
possible de résoudre tout type de disputes. Et le point de
vue de la KNU est proche du notre. Nous avons formé une
alliance militaire parce que nous partagions un ennemi commun. Il
n’y aucune raison que notre alliance militaire se brise en
raison de ces négociations entre la KNU et le SPDC. Mais je
pense que les pourparlers n’aboutiront pas car les généraux
ne sont pas sincère et que nous leur faisons pas confiance.
Ils ne font que mentir et gagner du temps.
Est-ce
que la SSA souhaiterait maintenant ouvrir des pourparlers avec le
SPDC ?
Si nous ouvrons des négociations pour
un cessez-le-feu avec le SPDC, ils ne voudront évoquer que
les questions militaires avec nous. Mais nous avons en premier
besoin de discuter avec eux des problèmes politiques. Avant
d’entrer dans toute négociation d’un
cessez-le-feu avec le SPDC, nous avons deux demandes : 1/ les
généraux devront faire la preuve de leur sincérité
et de leur volonté de résoudre touts les points
d’achoppements. Et ils devront retirer leurs troupes se
situant près de nos camps, et retourner dans leurs
garnisons. 2/ et quand nous viendrons à discuter de la
situation politique, les généraux devront montrer
qu’ils sont sincères et francs, et assurer que toutes
les nationalités ethniques auront la possibilité de
débattre librement. Voici nos deux seules conditions. Nous
sommes prêt à négocier n’importe quand.
Pensez-vous que la nomination du Général
Khin Nyunt comme Premier ministre, et l’annonce d’une
feuille de route pour le retour à la démocratie
sont des signes positifs ?
Ils donnent l’impression
d’avoir changé, mais ils n’ont pas changé.
C’est la même situation qu'en 1993. Nous avons analysé
la situation et nous avons conclu que la feuille de route est un
mensonge, un leurre, et que finalement rien a changé. Rien
ne s’est amélioré. Pouvez-vous
dire quelques mots sur les tentatives passées du SSA
d’ouvrir des négociations avec le SPDC ? Nous
avons approchés plusieurs fois le SPDC pour négocier,
mais nous n’avons pas eu de réponse de leur part.
C’est pour cela que les combats n’ont pas cessés.
Ils vont toujours vers la même vieille direction, et rien ne
change. La situation est la même que celle en Irak, mais en
Irak, il y avait beaucoup de correspondants de guerre, mais pas
dans l’Etat de Shan. Il y a donc un blackout sur
l’information. Le SPDC est à l’origine de cette
absence d’information – il ne laisse les journalistes
aller que dans les villes et observer les projets de
développement. Si les généraux souhaitaient
vraiment résoudre le problème – le contentieux
politique et le problème de drogue – ils devraient
alors laisser les reporters circuler librement dans le pays ;
alors ils pourront connaître la vraie situation du pays.
Toutes les organisations ethniques, armées ou non, veulent
et sont prêts à accepter les reporters. C’est
pourquoi le SPDC les interdit de s’y rendre. Si ces
observateurs pouvaient bouger librement, alors la situation
pourraient être exposée.
Que pensez-vous
de la présence des groupes armés ayant signés
un cessez-le-feu à la convention nationale ?
Je
pense qu’ils n’en tireront aucun bénéfice.
Ce n’est pas bon parce que les représentants des
groupes armés ayant signé un cessez-le-feu ne
représentent que leur propre organisation. Ils ne pourront
parler au nom de l’intérêt de tout le peuple
birman, ou de tous les Etats. Khin Nyunt trie sur le volet le plus
de participants possible. Donc même si ces représentants
sont présents, ce ne sera pas suffisant pour contrebalancer
le SPDC. S’ils ne sont pas autorisés à parler
de l’intérêt d’une ethnie ou d’un
Etat, ce n’est pas suffisant. Si Khun Htun OO, le président
de la Shan National League for Democracy, participe à la
Convention Nationale, il ne représentera pas l'Etat Shan,
mais seulement son parti politique. Les généraux
devront alors accepter tous les composants de l’union
birmane à participer à la convention nationale. Si
ce n’est pas le cas, elle sera inutile. Le problème
ne sera pas résolu et peut être qu’il créera
plus de problèmes dans l’avenir. Chaque groupe
signataire d’un cessez-le-feu a ses propres buts et
objectifs politiques, et peut être qu’ils pourront
faire quelques propositions et demandes lors de la convention
nationale. Si elles ne sont pas acceptées, ils pourront
reprendre leurs armes une nouvelle fois, et le cycle recommencera.
Ils ont conclu un cessez-le-feu, préalable pour négocier,
mais jusqu’à maintenant il n’y a pas eu une
négociation.
De notre point de vue, la convention
nationale ne peut pas résoudre les problèmes du pays
, et nous n’avons aucun espoir en ce qui concerne la feuille
de route. Le SPDC essaie de faire oublier les Accords de Panglong
(un pacte signé en 1947 par les leaders des différentes
ethnies et Aung San, leader birman) pour de bon. Pour toutes les
nationalités ethniques, l’accord de panglong
est très important, mais pas pour les généraux.
Si nous ne commençons pas par là, le problème
ne peut être résolu. Une nouvelle feuille de route
n’est pas nécessaire. Si les généraux
honorent les accords de panglong, tout peut alors être
résolu. L’Union de la Birmanie est fondée sur
cet accord. Sans celui-ci, il n’y aura pas d’Union de
la Birmanie, et pas de gouvernement birman. Les généraux
peuvent user de la force et oppresser le peuple mais l’accord
de panglong reste la clef du problème. C’est pourquoi
les généraux essaient de l’effacer, et les
minorités ethniques de le soutenir. Ainsi, le problème
ne peut se résoudre. Les généraux prétendent
ne pas savoir que c’est la cause première, mais
finalement ils le savent parfaitement bien.
Existe-t-il
une quelconque pression thai qui s’exerce sur le SSA pour
qu’il négocie avec le SPDC ?
Le
soutien thai est seulement pour le SPDC. Il n’y a aucun e
pression de la Thailande sur nous, c’est du "business
as usual". Ils nous demandent bien sûr de négocier,
mais ce n’est qu’une suggestion. Ils ont conscience
qu’en dépit de tous les accords qu’ils ont avec
le SPDC, le SPDC ne tient jamais ses promesses. Dans l’esprit
des birmans, les Thai ont toujours été regardés
comme leur ennemi. Le SPDC comprend ce qu’il y a dans
l’esprit du premier ministre thai. Khin Nyunt comprend très
bien que pendant que Thaksin parle de paix et feuille de route, en
fait ce qu’il veut réellement est le business. C’est
pourquoi ils sont devenus des amis, mais c’est seulement
dans les mots, pas dans les coeurs. Entre les Shan et les Thai,
c’est différent. Dans les mots, nous ne pouvons être
amis, mais dans les cœurs, nous savons que nous sommes
amis.
Que fait la SSA en ce moment à
propos du problème de la drogue ?
Notre
politique n’a jamais changé, mais les thais empêchent
les reportages, donc les informations sur nos activités ne
sont pas diffusées. Nous faisons la même chose
qu’avant, c'est à dire lutter contre la production et
le trafic. Parce que les thais et les birmans se sont parlés,
ils ne veulent aucun conflit entre eux, ainsi ils préviennent
les médias lors de réunions de ne pas exposer les
informations récoltées sur ce que nous faisons,
parce que cette exposition de nos activités pourrait avoir
un impact négatif sur leurs relations. Nous menons une
guerre contre la drogue, mais nous ne pouvons la rendre publique
dans les medias. De plus, nous somme attentif au succès ou
à l’échec du projet birmano-thai d’éradication
de la drogue à Yawng Kha. Nous croyons fortement que sans
la participation des shan, ou de la population de l’Etat,
les drogues ne pourront être éradiquées de
l’Etat de Shan. Les thais se sont unis avec les birmans,
croyant qu’ils pouvaient vraiment éradiquer les
drogues. Mais ce projet ne bénéficiera pas à
la population, qui a perdu sa maison ou sa ferme. Avant que ce
projet commence, c’était un village Shan, mais
maintenant les wa sont arrivés pour vivre là. Les
Thai disent que c’est projet de substitution des cultures,
mais finalement, ce qu’ils ont substitué, c'est
surtout population. Le projet est aussi un moyen de blanchir de
l’argent. Les thais ont donné 20 millions de
baht, mais l’argent n’a pas financé le projet,
et l'UWSA (l’armée unie de l’Etat de wa, très
impliquée dans la production d'opium) a elle-meme soutenu
financièrement le projet. Ce qui laisse imaginer que les
bénéficiaires sont les businessmen, pas la
population. Les thais aiment en faire beaucoup du point de vue
de l'image, mais finalement rien n'avance. Ils sont bon pour
parler d’une chose et faire autre chose. Dans la "
guerre thai contre la drogue ", près 2 800 personnes
ont été tuées, mais seulement de petits gens,
pas les rois de la drogue. Sans l’autorisation venant d’un
niveau élevé des autorités thai, comment les
drogues pourraient-elles transiter entre la frontière et
bangkok ? Dans leur " guerre contre la drogue ", ils ont
fermé la bouche des informateurs, et les
protègent. L’amélioration des relation
entre la thailande et les wa à été rendue
possible par l'entremise des birmans. Si les birmans et les thais
n’avaient pas de relations proches, ils n’auraient
jamais laissé les wa continuer dans le business de la
drogue. Ils savent que les wa sont impliqués dans le trafic
de drogue à la frontière, mais ils ne veulent pas
les toucher, ils ne veulent pas perdre la face devant les généraux
de rangoon
Comment pensez-vous que le SPDC soit
impliqué dans le trafic de drogue ?
C’est
à 100% sûr qu’ils sont impliqués dans le
trafic de drogue. Ils y sont impliquées de trois manières
: 1/ ils ont installés leur autorité partout et dans
tous les domaines. Ils ont la capacité et l’autorité
d’agir sur ce trafic, ainsi s’ils sont honnêtes
dans leur volonté d’éliminer la drogue, ils
peuvent y parvenir. Mais ils laissent continuer c’est parce
qu’ils reçoivent une part de lion des bénéfices
de ce trafic. 2/ en premier lieu, ils ont condamné Lo
Hsing-han comme " baron de la drogue ", puis c’était
Khun Sa. Et maintenant, ces deux barons de la drogue sont proches
des généraux, ils résident à Rangoun,
et le trafic de drogue est resté florissant. Ainsi, vous
pouvez voir que les généraux utilisent la drogue
pour réprimer les minorités ethniques. Ils
permettent à la drogue de fleurir et dénoncent les
groupes ethniques comme coupables, pendant qu’ils
sollicitent la communauté internationale pour l’aide
dans l’éradication de la drogue. Khun Sa s’est
rendu et est allé à Rangoon, ils n’ont jamais
parlé de lui comme un baron de la drogue. C’est clair
qu’ils ne sont pas sincères dans leur lutte contre la
drogue. 3/ l'UWSA a signé un cessez-le-feu, et est sous le
contrôle du SPDC. Quand Khin Nyunt voyage les zones UWSA, il
apporte toujours quelque chose dans sa poche. Wei Hseuh Kang (un
autre baron lui aussi proche des généraux) est
encore dans ce trafic. C’est la preuve q’ils
interviennent au plus haut niveau. Au milieu, les commandants de
division et de brigades, les officiers obtiennent des pourcentages
des dealers de drogue et récoltent des impôts sur les
cultures, la protection et les négociateurs. Cela est
réalisé sans que directement en informer le haut de
la hiérarchie. Et les officiers de niveau intermédiaire
essaient de cacher cela à cette dernière. Les deux
côtés sont fautifs, ainsi ils ne peuvent dénoncer
personne.
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