Birmanie>Net Hebdo n° 32
La lettre d'information hebdomadaire d'Info Birmanie

 

 

Sommaire
numéro spécial visite de Razali Ismael a Rangoun

  • Un birman témoigne contre Total
  • Aung San Suu Kyi détenue dans la prison d'Insein, près de Rangoun
  • La Birmanie reste au centre des discussions de l'Asie du Sud-Est
  • L'ASEAN interpelle la Birmanie et demande la libération d'Aung San Suu Kyi 
  • La Birmanie sous pression à Phnom Penh, et après? 
  • La pression internationale s'accentue sur la junte birmane

 

Un birman témoigne contre Total
Le nouvel Observateur, semaine du jeudi 22 mai 2003

Htoo Chit, militant birman des droits de l'Homme
"J'apporte 14 témoignages contre Total"

Le Nouvel Observateur:  La date de votre audition par le magistrat du tribunal de Nanterre qui instruit la plainte pour "séquestration" déposée contre Total par deux de vos compatriotes a-t-elle été fixée ?

Htoo Chit.  Oui. Je serai entendu le 12 juin par le juge. Je lui indiquerai ce que je sais de la pratique du travail forcé dans la zone du chantier du
gazoduc de Yadana, construit par Total dans le sud de la Birmanie. Et je lui remettrai les témoignages des quatorze Birmans qui ont décidé de parler. Certains sont d'anciens soldats de l'armée birmane dont les unités ont utilisé ou surveillé des travailleurs forcés. D'autres ont été salariés de Total ou d'autres entreprises lors de la construction du gazoduc et sont des témoins directs de l'usage du travail forcé...

N. O. Les responsables de Total en Birmanie pouvaient-ils ignorer le recours au travail forcé dans la zone du gazoduc?

Htoo Chit. Sauf exception, ce n'est pas à la pose des tubes qu'étaient affectés les paysans raflés par l'armée. C'était surtout à des travaux de
construction et de terrassement. Ce sont eux, par exemple, qui ont construit les casernements pour les 10000 soldats chargées d'assurer la sécurité du chantier. Ce sont eux aussi qui ont aménagé cinq des six plates-formes d'hélicoptères qui jalonnent le couloir de sécurité, autour du gazoduc. Il est arrivé que les soldats cachent la présence des travailleurs forcés aux gens de Total en les conduisant dans la jungle lorsqu'ils entendaient un hélicoptère. Mais en général les responsables de Total étaient parfaitement au courant de ce qui se passait sur le terrain. La preuve, c'est qu'ils versaient de l'argent aux unités de l'armée birmane pour rémunérer leurs services...

N. O.  Total affirme que sa présence dans la région a apporté un réel progrès économique...

Htoo Chit.  Ce n'est pas l'avis des organisations de défense des droits de l'homme. Les Birmans qui ont été, au moins pendant un temps, recrutés par Total ont obtenu à l'échelle locale de bons salaires. Mais ils constituent une minorité. Le problème, c'est que ces bons salaires ont fait monter les prix. Un kilo de riz vaut dix fois plus cher aujourd'hui qu'en 1992. Le résultat, c'est que la majorité des habitants vivent beaucoup plus mal qu'avant. Et les pêcheurs, très nombreux dans la région, ont perdu leur travail à cause des mesures de sécurité. Aucune embarcation n'est autorisée dans une zone de 15 kilomètres qui longe la côte et leurs bateaux sont beaucoup trop petits pour aller au-delà... C'est pourquoi beaucoup de gens tentent de franchir la frontière pour aller travailler en Thaïlande...

Propos recueillis par René Backmann

Après avoir participé aux manifestations de 1988 en faveur de la démocratie, Htoo Chit, 38 ans, a d'abord rejoint un mouvement d'opposition armé, avant de militer pour la défense des droits de l'homme et d'enquêter sur les conséquences de l'arrivée de Total. Clandestin depuis quinze ans, il a demandé à la France le statut de réfugié politique.

Aung San Suu Kyi détenue dans la prison d'Insein, près de Rangoun
Source: AFP, 19 juin

La chef de file de l'opposition birmane, Aung San Suu Kyi, est détenue dans la prison d'Insein, près de Rangoun, la capitale, en vertu d'une loi "draconienne" qui autorise la détention sans accès à un avocat pendant une période allant jusqu'à cinq ans, a annoncé jeudi le Foreign Office. "Je suis scandalisé d'apprendre aujourd'hui, que le jour de son 58ème anniversaire, Aung San Suu Kyi est détenue dans la célèbre prison d'Insein dans les environs de Rangoun, dans une cabane de deux pièces", a déclaré Mike O'Brien,  secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, dans un communiqué. "Je suis particulièrement inquiet d'entendre que Aung San Suu Kyi est détenue en vertu de la section 10(a) de la loi sur la protection de l'Etat de 1975", poursuit M. O'Brien. "C'est la plus draconienne des lois du régime militaire birman, qui autorise la détention d'une personne sans accès à sa famille ou à des avocats pour des périodes successives de 180 jours et jusqu'à cinq ans, sans possibilité de faire appel", a-t-il ajouté. Mme Suu Kyi, prix Nobel de la Paix, a été arrêtée le 30 mai lors  d'affrontements violents entre ses sympathisants et des éléments pro-régime dans le nord de la Birmanie où elle effectuait une tournée politique.Les conditions de détention de l'opposante "discréditent complètement les  déclarations du régime prétendant qu'elle a été arrêtée pour sa protection", a souligné le secrétaire d'Etat britannique. Il précise "avoir le numéro de téléphone de la prison" et "s'efforcer de contacter Aung San Suu Kyi". "Il est totalement inacceptable qu'elle soit détenue de cette manière. J'appelle le généralissime Than Shwe (numéro un du régime militaire birman), à la libérer, ainsi que tous les autres prisonniers politiques", poursuit M. O'Brien. "La communauté internationale ne restera pas les bras croisés pendant que le régime militaire birman poursuit ses violations des droits de l'Homme et des droits démocratiques d'Aung San Suu Kyi et du peuple birman", a-t-il assuré. L'Union européenne a renforcé lundi ses sanctions contre la Birmanie, notamment en étendant la liste des responsables birmans frappés par une interdiction de visa.


La Birmanie reste au centre des discussions de l'Asie du Sud-Est
Source: AFP, 19 juin 2003

La détention de l'opposante birmane Aung San Suu  Kyi, qui a passé jeudi son 58e anniversaire au secret, restait au centre des préoccupations des pays du Sud-Est asiatique, au dernier jour des réunions entamées lundi dans la capitale cambodgienne. L'Association des Nations d'Asie du Sud-Est (ASEAN) rencontrait jeudi ses dix grands partenaires de dialogue: Australie, Canada, Chine, Etats-Unis, Union Européenne (UE), Inde, Japon, Corée du Sud, Russie et Nouvelle-Zélande pour parler sécurité, développement et commerce. Mais c'est la question birmane qui dominait encore les discussions. Le Premier ministre du Cambodge Hun Sen "a dit que s'il était impliqué personnellement dans la situation en Birmanie, non seulement il libérerait (Aung San Suu Kyi) en bonne santé, mais il organiserait des élections libres et équitables", a dit Sok An, ministre du Conseil des ministres. L'ASEAN, à l'issue de deux jours de réunion de ses ministres des Affaires étrangères mardi, avait fait la démarche inédite d'interpeller l'un des ses membres, en demandant à la Birmanie de "lever rapidement" les restrictions pesant sur Mme Suu Kyi, au secret depuis le 30 mai. Dans une démarche elle aussi inhabituelle, le ministre birman des Affaires étrangères Win Aung a donné une conférence de presse jeudi, dans laquelle il a reconnu le déluge de critiques que son pays s'était attiré avec ce nouvel accès de répression. "Je les ai écoutées toutes très, très sérieusement et j'en ai pris note très, très sérieusement", a-t-il déclaré, ajoutant qu'il les transmettrait au gouvernement militaire à son retour à Rangoun et que "ces points de vue seront  discutés". "Je veux vous assurer d'une chose, c'est que nous n'abandonnerons pas notre approche vers la réconciliation nationale", a-t-il poursuivi au sujet du processus de réformes politiques auquel la junte s'est engagée mais qui n'a pas encore été lancé. "Nous n'abandonnerons pas notre chemin vers la démocratrisation de notre pays". Concernant la libération de Mme Suu Kyi, à l'encontre de laquelle "le régime n'a pas d'animosité", le ministre est resté évasif: "la réponse n'est peut-être pas encore très claire". "Nous ne sommes pas brutaux. Nous avons de l'amour, de la gentillesse pour tout le monde, nous ne sommes pas sans coeur", a ajouté Win Aung, "nous n'avons aucune intention de lui faire du mal". Alexander Downer, ministre australien des Affaires étrangères, a dit à la  presse que selon lui Mme Suu Kyi aurait déjà due être libérée. "Nous voulons voir Aung San Suu Kyi libérée aujourd'hui, hier. Elle aurait du être libérée depuis longtemps". "Que ce soit son anniversaire n'est pas la question, elle devrait être libérée", a-t-il martelé. Les Etats-Unis, l'UE, le Canada et le Japon devaient tous dans leur  rencontres individuelles avec l'ASEAN évoquer la question. Le ministre cambodgien des Affaires étrangères Hor Namhong avait pourtant souhaité que les discussions de jeudi ne reviennent pas sur les questions abordées mercredi lors de la réunion du Forum régional de l'ASEAN, dominée par la Birmanie et le programme nucléaire nord-coréen. Mercredi le secrétaire d'Etat américain Colin Powell avait appelé à Phnom  Penh l'ASEAN à faire pression pour la libération du prix Nobel de la paix, arrêté après des heurts meurtriers dans le nord de la Birmanie où son convoi est apparemment tombé dans une embuscade tendue par des sympathisants du régime. Officiellement Mme Suu Kyi, qui a déjà été en résidence surveillée plus de  sept ans depuis 1989, est maintenue au secret depuis trois semaines pour "assurer sa protection". Les discussions post-ministérielles de l'ASEAN concluent les réunions de  l'ASEAN ouvertes lundi. L'association comprend, outre la Birmanie, Brunei, le Cambodge, l'Indonésie, le Laos, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam.

L'ASEAN interpelle la Birmanie et demande la libération d'Aung San Suu Kyi
Source: AFP, 17 juin 2003

Les chefs de la diplomatie d'Asie du Sud-Est ont achevé mardi leur rencontre annuelle par une déclaration exceptionnelle qui interpelle l'un des leurs, la Birmanie, appelée à libérer rapidement l'opposante Aung San Suu Kyi. Avec l'accès de répression en Birmanie, l'ASEAN, sous fortes pressions occidentales et particulièrement américaines, a fait l'impensable jusqu'ici: montrer du doigt l'un des siens. L'ASEAN n'avait jamais auparavant fait de commentaires sur la situation intérieure de l'un de ses membres, au nom du sacro-saint principe de non-ingérence qui la gouverne depuis sa création à la fin des années 60. La question a fait l'objet de vifs et longs débats, poussant sur la touche d'autres sujets importants comme le programme nucléaire nord-coréen. Dans son communiqué final, l'ASEAN explique qu'elle "attend avec impatience la levée des restrictions à l'encontre d'Aung San Suu Kyi et des membres" de son parti et "accueille favorablement les assurances fournies par la Birmanie selon laquelle les mesures prises (contre l'opposition) étaient temporaires". L'opposante est maintenue au secret par le gouvernement militaire --officiellement "pour sa protection"-- depuis des violences meurtrières survenues le 30 mai, lorsque son convoi est tombé dans une embuscade tendue par des éléments du régime, dans le nord birman. L'ASEAN "appelle instamment la Birmanie à reprendre ses efforts en vue de la réconciliation nationale et le dialogue entre les parties concernées en vue d'une transition pacifique vers la démocratie". L'envoyé spécial de l'ONU, le Malaisien Razali Ismail, a permis l'ouverture de discussions de "réconciliation nationale" fin 2000 dans le pays gouverné par les militaires depuis quatre décennies. Mais ces discussions devaient déboucher sur un vrai dialogue politique qui n'a toujours pas été ouvert. L'ASEAN a , sur une proposition indonésienne, décidé "en principe, d'envoyer une mission de haut niveau" en Birmanie, a déclaré le ministre philippin Blas Ople, précisant qu'à ce stade Rangoun n'avait pas donné son accord. La mission de cette délégation, qui devrait voir les généraux comme Mme Suu Kyi, est de "voir comment l'ASEAN peut aider la Birmanie à accélérer les réformes" politiques, a précisé le ministre. L'arrestation de Mme Suu Kyi a soulevé une avalanche de protestations dans le monde. Les Etats-Unis et l'Union européenne ont déjà durci leurs sanctions et le Japon a menacé de suspendre son aide économique. L'ASEAN a très nettement durci sa position depuis lundi: un projet initial de communiqué faisait simplement état de sa "reconnaissance" sur les informations fournies par le ministre des Affaires étrangères Win Aung concernant "l'incident" du 30 mai. Mais le secrétaire d'Etat américain Colin Powell, qui doit prendre part mercredi à Phnom Penh à des discussions du Forum régional de l'ASEAN (FRA), avait averti qu'il ferait pression sur l'ASEAN pour qu'elle agisse fermement auprès de Rangoun. L'ASEAN regroupe, outre la Birmanie, Brunei, le Cambodge, l'Indonésie, le Laos, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam. L'Association a aussi réaffirmé dans son communiqué final son "soutien continu" à M. Razali, qui s'est rendu au début du mois à Rangoun et a pu obtenir l'autorisation de voir l'opposante, dont il avait assuré qu'elle "allait bien". Concernant le terrorisme, l'ASEAN a réaffirmé "le besoin de s'attaquer à (ses) racines" de même que "sa détermination à coopérer étroitement avec la communauté internationale". Cette question devrait être l'un des thèmes dominants des réunions du FRA, où M. Powell martèlera le message de la nécessité d'une lutte sans merci contre le terrorisme qui, huit mois après l'attentat de Bali, représente une réelle menace pour la région. Des dizaines de membres présumés du réseau régional de la Jamaah Islamiyah ont été arrêtés en Malaisie, à Singapour, aux Philippines, au Cambodge et en Thaïlande.


La Birmanie sous pression à Phnom Penh, et après?
Source: AFP, 20 juin 2003

Le ministre birman des Affaires étrangères Win Aung a comparé sa position cette semaine à Phnom Penh à celle de la cible de fléchettes, mais, pour les analystes, il est probable qu'aucune des fléchettes n'aura touché le mille. Win Aung, qui ne détient aucun pouvoir, rentre à Rangoun après avoir "pris note très, très sérieusement" du déluge de critiques adressées toute la semaine à son pays suite à l'arrestation de l'opposante Aung San Suu Kyi, et qu'il va transmettre aux trois généraux plus ou moins coupés du monde qui tiennent le pays paria. La Birmanie a contre son gré été sous les projecteurs de l'actualité aux réunions depuis lundi de l'Association des Nations d'Asie du Sud-Est (ASEAN), élargies ensuite à celles du Forum régional de l'ASEAN (FRA) qui comprend Etats-Unis, Union européenne, Russie et Chine. A l'heure où les Etats-Unis et l'Union européenne ont déjà renforcé leurs sanctions et le Japon menace de suspendre son assistance économique, Rangoun n'avait pas été la cible d'autant de pressions depuis des années. Fait sans précédent, l'ASEAN --largement encouragée par Washington et les Européens-- a fait une entorse au principe cardinal de non-ingérence en appelant dans son communiqué final la Birmanie, l'un des siens, à "lever rapidement les restrictions" pesant contre Mme Suu Kyi, au secret depuis le 30 mai. Puis c'est le secrétaire d'Etat américain Colin Powell qui a, mercredi, dénoncé les "actes méprisables" du gouvernement militaire et appelé les 22 autres pays du FRA à "dire aux dirigeants birmans de libérer Aung San Suu Kyi". "Les gens de l'ASEAN se sont rendus compte que la Birmanie n'est plus présentable du tout", estime un diplomate à Phnom Penh. "Puisque la méthode du club ASEAN n'a pas fonctionné, le club a donné une sanction à l'un de ses membres". Mais quant aux effets de ces condamnations, Rangoun a déjà prouvé une grande imperméabilité aux critiques, fussent-elles virulentes et planétaires. "C'est très bien qu'ils l'aient fait, c'est un tournant", note un diplomate joint à Rangoun à propos de l'appel de l'ASEAN mais "pour l'effet, ils sont totalement imprévisibles". "Il n'y a aucun signe de libération imminente de Suu Kyi", ajoute-t-il. Londres a annoncé jeudi que le prix Nobel de la paix était détenu "dans une cabane de deux pièces" de la prison d'Insein, près de Rangoun, en vertu d'une loi "draconienne" qui autorise une détention administrative pouvant aller jusqu'à cinq ans. Des révélations qui, vu l'image particulièrement sinistre attachée à Insein,  "apportent encore de l'eau au moulin" contre Rangoun, selon un analyste joint  dans la capitale birmane. "S'ils étaient sensibles aux pressions, ils la libéreraient ces jours-ci", indiquait un diplomate à Phnom Penh. Mais Win Aung n'a pas donné l'impression que les généraux se précipiteraient. "Nous voulons un retour à la normale", a-t-il expliqué jeudi à la BBC. "Ca veut dire à la vie avant le 30 mai", a-t-il dit en référence aux heurts entre des membres du parti de Mme Suu Kyi et des éléments pro-junte à l'issue desquels elle a été arrêtée. "Mais d'abord il faut que la situation s'éclaircisse". Confirmant sentir lui aussi "zéro signe" d'une libération rapide de Mme Suu Kyi, l'analyste de Rangoun estime que les généraux, surpris par l'ampleur des réactions, "sont désemparés". "S'ils la libèrent, elle va demander justice, comme elle l'a expliqué à Razali" Ismail, envoyé spécial de l'ONU qui l'a brièvement rencontrée début juin. "Mais ce sera une situation de confrontation, et ils ne veulent pas de ça".  "Ils ne savent pas ce qu'ils veulent faire", dit-il. L'espoir réside désormais dans le fait que les pressions sur Rangoun ne vont pas s'arrêter là. "Ce n'est qu'un début de la part de la communauté internationale", note l'analyste, pour qui de plus de pays poussent pour que "le cas de la Birmanie aille  devant le Conseil de sécurité" de l'ONU.

La pression internationale s'accentue sur la junte birmane
Source: Associated Press

La pression internationale s'accentue sur la junte au pouvoir à Rangoon, qui refuse de libérer la dissidente Aung San Suu Kyi, emprisonnée depuis le 30 mai dernier. Le Japon a ainsi gelé mercredi toute aide financière à la Birmanie, dont l'ambassadeur à Paris a été convoqué au ministère français des Affaires étrangères. Ce gel "sera réexaminé si Mme Suu Kyi est libérée", a précisé mercredi à l'Associated Press Kojiro Matsumoto, un haut fonctionnaire du ministère nippon des Affaires étrangères. Cette mesure est significative du durcissement de la position internationale, le Japon étant l'un des rares pays développés à avoir conservé des contacts directs avec la junte pour l'inciter à dialoguer avec l'opposition. C'est également le principal pays bailleur de fonds de la Birmanie, avec une aide de 9,2 milliards de yens (67,8 millions de dollars) en 2001. Deux jours avant la suspension du financement japonais, le vice-ministre nippon des Affaires étrangères Tetsuro Yano et le No3 de la junte, le général Khin Nyunt, s'étaient rencontrés à Rangoon. Tokyo avait alors brandi la menace de gel de l'aide, sans résultat. La junte détient l'opposante âgée de 58 ans dans un lieu gardé secret "pour sa propre protection" après les violences de mai. Selon le gouvernement britannique, elle est emprisonnée dans la tristement célèbre prison d'Insein, près de la capitale, où de nombreux opposants ont déjà été détenus. La Birmanie a de nouveau démenti mercredi qu'elle s'y trouvait. Parallèlement, la France, qui a fait part de ses "vives inquiétudes", réclame toujours "avec force" la fin de la "rétention de protection" de la présidente de la Ligue nationale pour la démocratie (LND). Elle a demandé mercredi sa libération ainsi que celle de toutes les personnes arrêtées ou assignées à résidence depuis les incidents du 30 mai dans le nord de la Birmanie. La France a d'ailleurs averti mardi l'ambassadeur birman à Paris WannaMaung Lwin qu'elle avait invité Mme Suu Kyi et les 15 membres du conseil exécutif de la LND à la réception donnée à l'ambassade de France pour la fête nationale française du 14 juillet. A ce titre, "nous comptons sur les autorités birmanes (...) pour qu'elles ne fassent pas obstacle à leur venue", a déclaré le porte-parole du Quai d'Orsay Hervé Ladsous. Paris demande aussi la réouverture des permanences de la LND et d'"un dialogue de substance avec l'opposition démocratique", ainsi qu'un libre accès du corps diplomatique à la lauréate du prix Nobel de la Paix. En se raidissant, le Japon se rapproche des positions des Etats-Unis et de l'Union européenne, notamment la Grande-Bretagne, ancienne puissance coloniale, qui ont déjà imposé des sanctions pour tenter d'obtenir la libération d'Aung San Suu Kyi. Le seul étranger à avoir pu rencontrer la présidente de la LND est l'envoyé spécial de l'ONU Razali Ismaïl, qui l'a vue le 10 juin. Il a rendu comte de cette visite mercredi à la ministre japonaise des Affaires étrangères Yoriko Kawaguchi. Selon M. Razali, qui accompagnait les efforts de réconciliation nationale lancés fin 2000, Aung San Suu Kyi n'était pas blessée et avait bon moral. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a pour sa part rendu visite mardi au vice-président de la LND, Tin U, qui est aussi en bonne santé. Selon la junte birmane, les accrochages du 30 mai ont été provoqués par des membres de la LND et ont fait quatre morts, mais des dissidents parlent de 70 morts. Le général Khin Nyunt a assuré lundi que "tous les efforts seraient faits pour trouver une solution à la situation aussi rapidement que possible".

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