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No. 18, 29 janvier 2003
SOMMAIRE
Edito
La Thaïlande expulse les birmans
Edito
Comme chaque année à la même
époque, l’armée birmane a lancé il y a quelques
semaines son " offensive
de la saison sèche " contre les quelques groupes armés qui lui résistent encore. Ceux-ci, de leur côté, ont décidé
d’opposer un front uni à l’armée
régulière et à son alliée Wa, c’est-à-dire les 20
000 hommes qui contrôlent
la plus grande partie de la
production et du trafic de
drogue du triangle d’or. Mais, plus que jamais, le combat est
inégal. L’armée birmane bénéficie de nouveaux armements venus
de Chine et de dix avions
de combat supplémentaires (des mig
29 russes). Comme à leur habitude, les militaires ont forcé les populations locales à travailler à la construction de nouvelles infrastructures (notamment
un héliport dans la zone sensible du pipeline
de Total) et à porter leur matériel. La Shan State Army (SSA), l’armée
rebelle la plus emblématique
avec la Karen National
C’est dans ce contexte
tendu que la junte birmane poursuit
son opération séduction.
Après la Chine, l’Inde, la Thaïlande,
le Bangladesh, le Japon et l’Australie,
c’est au tour de l’Union Européenne de recevoir un représentant officiel de la junte. Le vice-ministre
des Affaires Etrangères, Khin Maung Win, a en effet été autorisé
à participer à une rencontre
UE-ASEAN cette semaine à Bruxelles. L’interdiction de visas à l’encontre des représentants du pouvoir militaire
birman a été
temporairement levée, et la
fermeté vis-à-vis de l’ASEAN
sur la question birmane mise de côté. Il
s’agit lors de cette rencontre de se consacrer au commerce et à la lutte antiterroriste. C’est au nom de cette dernière que les militaires birmans justifient la répression aveugle dont sont victimes
les Rohingya, minorité musulmane
de l’Arakan. Là encore, rien
de rassurant. D’autant
que les Etas-Unis eux-mêmes semblent reculer dans leur
dénonciation du régime birman. Il n’est pas très surprenant dans ces conditions d’apprendre que le général Soe Min ait pu déclarer devant
un parterre de fonctionnaires : " le SPDC ne dialoguera jamais avec la NLD, et
il n’y aura jamais de transfert de pouvoir vers la NLD dans le futur ". Il devait ensuite
conseiller à son auditoire de s’abstenir d’adhérer à ce
parti. La fin de sa déclaration clarifie s’il en etait besoin
le problème birman : " il n’y
aura pas ici de situation à
l’Irakienne, où les USA cherchent à remplacer
le régime, parce que la
Birmanie est un ami de la
Chine ".
La Thaïlande expulse les birmans
Source : AFP, 23 janvier
2003
L'armée thaïlandaise effectue depuis un mois des opérations d'arrestations et de rapatriement
forcé d'immigrés illégaux et les Birmans qui avaient fui en Thaïlande la répression dans leur pays affirment avoir peur pour leur vie. L'armée a commencé le mois dernier à arrêter des dizaines
de clandestins birmans --dont des militants politiques-- dans la petite ville de
Sangkhlaburi, dans la province occidentale
de Kanchanaburi, qui fait face à la pointe sud de la Birmanie.
Un responsable de district a
indiqué à l'AFP qu'une nouvelle campagne de cinq jours avait été
lancée lundi afin de renvoyer chez eux des immigrés clandestins et que sept dissidents avaient été arrêtés. Selon
la presse, un tribunal a jugé que ces
dissidents devaient être renvoyés en Birmanie, pays tenu d'une main de fer par une junte. L'organisation
de défense des droits de l'Homme Amnesty International s'est
alarmée devant les risques de "détention arbitraire et mauvais traitements" qu'encourent
les dissidents à leur retour.
"Nous leur avons ordonné de fermer leurs bureaux
et de quitter le pays sous 48 heures",
a expliqué un officier thaïlandais au sujet des Birmans expulsés le mois dernier. "C'étaient des militants (pro-démocratiques),
mais c'est la politique du gouvernement,
nous devons renvoyer tous les immigrants illégaux ou toute
personne n'ayant ni papiers d'identité,
ni permis
de travail", a poursuivi l'officier
sous couvert d'anonymat, "même s'ils ne posent
pas de problèmes". Peu
après ces expulsions, un porte-parole de l'armée a expliqué que la Thaïlande ne pouvait
plus tolérer que des groupes étrangers utilisent son sol pour des activités
hostiles à un Etat voisin. Il s'agit
d'appliquer les lois de l'immigration et non pas de faire plaisir
à la Birmanie, a-t-il assuré, rejetant les critiques selon lesquelles ces opérations sont destinées à amadouer Rangoun,
avec lesquelles les relations ont
connu une longue crise l'an
dernier après des accrochages frontaliers.
Les observateurs notent aussi que
le Premier ministre Thaksin
Shinawatra doit se rendre début février en visite officielle en Birmanie, voisin traditionnellement ombrageux. Si l'armée n'a pas donné d'indications sur le nombre de personnes rapatriées de force, selon Kyaw Kyaw Htet, président du groupe dissident Front du peuple démocratique,
environ 60 militants sur les 100 vivant à Sangkhlaburi ont été renvoyés en Birmanie. Des dizaines de membres des minorités birmanes mon et karen
qui séjournaient clandestinement
en Thaïlande à la recherche d'un emploi ont aussi été
expulsés. Les campagnes de
"ramassage" de clandestins
ne sont pas inédites en Thaïlande, mais jusqu'à présent
les interventions des organisations de défense des droits de l'Homme évitaient généralement aux Birmans arrêtés un rapatriement forcé. "On a perdu le sommeil la dernière semaine de décembre, explique Min Zaw, un militant pro-démocratie,
qui a quitté la zone de la frontière. "Je suis
sûr que nous
risquons la mort ou des décennies en prison si la Thaïlande nous rapatrie". Beaucoup de ces Birmans vivent
en Thaïlande depuis des années, certains même depuis 1988, année de la sanglante répression de manifestations pro-démocratiques
par l'armée à Rangoun. "Nous
ne nous sommes
jamais cachés en Thaïlande. Les autorités
locales ont depuis des années des photographies de nous et des renseignements personnels", dit Kyaw Kyaw Htet. Une dizaine de bureaux d'où les militants poursuivent leur campagne contre les généraux de Rangoun ont été fermés
et le matériel et les
documents qu'ils contenaient
confisqués, ajoute-t-il.
Les dissidents qui restent à
Sangkhlaburi et autres localités frontalières
sont inquiets. "Nous avons décidé
d'adopter un profil bas et d'appeler la communauté internationale et les groupes de défense des droits de l'Homme à se pencher sur
notre situation", dit
Aung Moe Zaw, secrétaire général
du Conseil National de l'Union de la Birmanie (NCUB).
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