Birmanie>Net Hebdo - La lettre d'information hebdomadaire d'Info Birmanie
No. 17, 23 janvier
2003
SOMMAIRE
Une grande
figure de la démocratie birmane
est décédée
L’espoir d’un peuple
Une grande figure de la démocratie birmane est
décédée
Daw Hearn Kham est morte vendredi 17 janvier à l’age
de 87 ans, au
L’espoir d’un peuple
Par Sabine Hammer
Doit-on s'attendre à un coup d'Etat ? A une révolution ? Sur les marches des pagodes, l'art divinatoire bat son plein. Tous les espoirs du peuple birman
reposent sur les frêles épaules de Aung San Suu
Kyi, Prix Nobel de la Paix et
fille du héros charismatique de l'indépendance, Aung San. Appelée
en 1988 au chevet de sa mère, elle était revenue à
Quelqu'un fait un signe, serre le poing, le rouvre. Le rassemblement se disperse, rapidement,
mais sans précipitation. " Allez-vous
en ", me chuchote une
femme en passant, " dans la maison
à l'angle de la rue, on a aperçu des tireurs d'élite ". Récemment, Aung San Suu Kyi s'est
rendue dans l'ancienne ville royale de Myauk-Oo, dans l'ouest du
pays. 20 000 personnes étaient venues la voir mais les autorités ont délégué les pompiers avec des canons à eau
pour chasser la foule.
Suu Kyi s'est hissée sans hésiter sur un
camion citerne et a convaincu
les responsables de ne pas intervenir. Dans la jungle de l'arrière-pays montagneux, loin
des routes et du regard des observateurs étrangers, la soldatesque ne se montre pas aussi conciliante envers les minorités qui luttent pour une plus grande autonomie.
Pour ravir aux partisans réfugiés
dans les montagnes l'appui des paysans, les troupes gouvernementales exercent des représailles contre la population civile, brûlant sans discernement
villages et greniers à riz. " Dors,
dors ", chantonne la veuve
Depuis 1996, la junte birmane a chassé de leurs terres au moins 300 000 paysans shan pour qu'ils
ne puissent pas donner refuge aux francs-tireurs.
Ils n'ont
en général que quelques heures pour réunir leurs affaires - quelques ustensiles de cuisine,
des couvertures - et se rendre
au camp de travail qu'on leur
a assigné. Ils
seront désormais réduits à la famine et
aux travaux forcés. En dehors du camp, point de salut : prétextant que ce sont des rebelles,
les militaires tirent sur n'importe qui. Pour quitter l'enclos quelques
heures, récolter le riz de son champ ou chercher des légumes sauvages, un paysan doit graisser la patte d'un gardien. Sans être sûr
de ne pas être quand même abattu
ou interrogé. Les
tortures infligées sont barbares :
coups de pieds donnés avec
des rangers, coups de ceinturon à
cartouches, clous enfoncés dans l'anus. Viols des hommes, mais surtout
des femmes et des enfants.
Des enquêtes officielles
des Etats-Unis ont confirmé les rapports des organismes
de défense des droits de l'homme selon lesquels
l'armée utiliserait la
violence sexuelle comme arme de guerre. Les Etats-Unis ont demandé aux Nations Unies de diligenter une enquête internationale sur cette accusation relative à la systématisation des viols par les soldats
birmans, et de punir les coupables.
Les observateurs évaluent à un
million le nombre de personnes
réfugiées ou déplacées qui, à l'intérieur du pays, luttent pour leur survie. Et à un million les Birmans qui ont fui leur patrie : la plupart d'entre eux ont tenté
de passer en Thaïlande. Malgré
les protestations de la communauté internationale, les réfugiés birmans ne peuvent se fier
à la protection des Thaïs. D'après
les organisations humanitaires religieuses,
ils sont 3000 à 4000 par mois à demander asile. On sait qu'il est envisagé d'expulser le plus rapidement possible
quelque 120 000 réfugiés se
trouvant actuellement dans des camps thaïlandais. Le même sort est
dévolu aux 300 à 500 000
" Travailleurs migrants sans papiers
" d'origine birmane. De l'avis d'un moine
réfugié, cette politique d'extradition n'est pas
motivée par la vague massive du
flot migratoire mais bien par de très réels intérêts
économiques. Les Thaïs ont
trouvé dans la junte birmane un partenaire commercial de tout premier plan, et les rebelles et autres réfugiés gênent le développement économique de la région frontalière : il faut
qu'ils disparaissent. Les acteurs économiques sont persuadés qu'il suffirait d'exercer une
pression suffisamment forte
sur la population pour que
les groupes d'opposants au
régime capitulent sans condition. Les
affaires avec les généraux birmans
pourraient alors prospérer. Le groupe pétrolier TotalFinaElf, partie prenante dans un gazoduc conduisant de Birmanie en Thaïlande,
profite des travailleurs forcés - c'est ce qui ressort d'un rapport d'expertise de 350 pages de la Confédération
internationale des syndicats
libres. Mais les échanges avec le pays voisin, c'est aussi le déboisage des forêts de teck à nulles
autres pareilles, le
commerce illicite des espèces
animales en voie de disparition, la contrebande des pierres fines et précieuses, jade
et rubis ;
c'est aussi le commerce des
stupéfiants - l'héroïne et,
de plus en plus, les drogues " à la carte "
; c'est enfin la traite des enfants birmans, enlevés et vendus à des bordels
thaïlandais où ils sont contraints
de se prostituer sans merci.
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