Birmanie>Net Hebdo - La lettre d'information hebdomadaire d'Info Birmanie
No. 14, 18 decembre
2002
SOMMAIRE
Les Was aux prises avec leur
réputation de trafiquants
de drogue
Washington juge insuffisante
la lutte contre la drogue menée par Rangoun
La Baronne Crawley condamne
l’application des droits de
l’homme en Birmanie
Expropriations à Sittwe
Deux nouveaux bataillons
pour l’Armée Birmane
Les Was aux prises avec leur
réputation de trafiquants
de drogue
Source : AFP, 11 déc 2002
La milice ethnique
des Was de Birmanie, montrée
du doigt depuis des années par de nombreux gouvernements qui l'accusent d'inonder la planète d'héroïne, le clame haut et fort: elle a renoncé au trafic de drogue.
"Donnez-nous une
chance de faire nos preuves",
plaide Pauk Yu Yi, l'un des quatre frères qui contrôlent la région d'un demi-million d'habitants dans le nord-est de la Birmanie, aux confins de la Chine, du Laos et
de la Thaïlande, et l'UWSA
(United Wa State Army), armée redoutée
de 20.000 hommes aguerris appelés les Was rouges.
Lors d'une visite exceptionnelle organisée par le régime militaire
birman, dans le Triangle d'or, le chef wa fait visiter Panghsang à un groupe de diplomates et de journalistes locaux, en présence de quatre membres du gouvernement de Rangoun. Active comme une ruche, la localité a la réputation d'avoir été le centre de la culture du pavot, adossé à
la province chinoise du
Yunnan. Les pavots, qui recouvraient
tous les champs alentours
de rouge, ont pour l'essentiel
disparu du paysage, dans le cadre d'une campagne d'éradication totale d'ici à 2005, dit-il.
Panghsang, ancien campement délabré de l'Etat Shan, abrite aujourd'hui 60.000 habitants et a
des allures de
24 heures sur 24, luxe inconnu dans la capitale Rangoun. Mais pour les experts antidrogue internationaux, une telle prospérité a été bâtie
sur les énormes quantités d'opium qui ont fait de la Birmanie le
premier producteur mondial avant qu'elle ne
soit dépassée par l'Afghanistan.
Autre vitrine montrée par les Was, la ville de
Mong Yawn, près de la frontière
thaïlandaise, désormais entourée de plantations d'orangers,
d'arbres à caoutchouc et de rizières. La localité a surgi de terre sur des territoires accordés aux Was en remerciement après la "reddition"
du leader nationaliste shan Khun Sa, "roi de l'opium". Quelque 60.000 planteurs de pavot y ont été relogés,
et les Was gagnaient du terrain vers le sud, aux portes de la Thaïlande.
En dépit des dénégations
des Was, les autorités thaïlandaises
et américaines considèrent
Mong Yawn comme une "ville de la drogue" qui produit
chaque année dans des laboratoires les centaines de millions de pilules d'amphétamines qui commencent à faire des ravages en Thaïlande.
"Maintenant nous avons de la nourriture en abondance mais pas de marché où la vendre", se plaint Pauk Yu Yi, expliquant que la défiance des voisins thaïlandais empêche les Was d'avoir des liens commerciaux
avec eux."Qu'est-ce qu'on
va faire de tout cela si on ne peut
pas le vendre?... Autant recommencer à faire du pavot", dit-il, moitié provocateur.
Les Was rouges, historiquement proches
des communistes chinois, ont mis fin à
des décennies de rébellion
en signant en 1989 un accord de cessez-le-feu
avec la junte de Rangoun en
échange d'une large autonomie sur leurs
territoires. Et ces dernières années, la junte, aidée par l'ONU, s'est efforcée
de convaincre le monde qu'elle
luttait résolument, avec
les Was, contre le trafic
de drogue.Même Washington, peu
suspect de complaisance vis-à-vis de Rangoun, a félicité la Birmanie pour ses résultats dans
l'éradication de l'opium et
envisage son retrait de la liste
des grands producteurs de
drogue dans le monde."Avant,
cette zone aurait pu être décrite comme une
véritable mer de pavots, mais maintenant
on peut dire qu'elle est pratiquement débarrassée de l'opium grâce aux effors concertés du gouvernement
et des chefs des ethnies Wa et Kokang",
affirme le ministre des
Affaires étrangères Win Aung, qui participe
au voyage. Phone Kyar Shin, vieux chef kokang, maintient lui aussi que
les jours où les milices ethniques produisaient la drogue sont révolus. "Nous comprenons tous que l'opium et
son dérivé, l'héroïne, posent un grand problème non seulement à la Birmanie mais aussi
au reste du monde", dit-il.
Washington juge insuffisante
la lutte contre la drogue menée par Rangoun
Source : AFP, 17 décembre
2002
Les Etats-Unis ont annoncé à la Birmanie
que leurs autorités avaient pris des mesures insuffisantes de lutte contre la production de drogue, a annoncé
mardi à Washington la junte birmane, mais l'administration américaine a démenti dans la foulée avoir pris toute
décision définitive sur ce sujet.
"Le gouvernement de Birmanie
a été informé que ses efforts pour se conformer
au programme antinarcotique du
département d'Etat américain,
pour obtenir une
certification de l'administration Bush liée à certaines
mesures de lutte contre la drogue, ont été rejetés", selon un communiqué de la junte.Le
refus des Etats-Unis d'accorder une certification dans la lutte contre
la drogue intervient alors que la Birmanie "a engagé un effort massif", qui s'est
notamment traduit par des
"baisses significatives
de la prodution d'opium et une coopération avec les autorités américaines", a souligné le porte-parole du régime au pouvoir à Rangoun, le colonel Hla Min."En travaillant avec des tribus dans la région du Triangle d'or, nous avons pu
ramener la production à un niveau historiquement bas, et nous réduirons notre production encore de moitié
l'an prochain, la ramenant de 800 à 400 tonnes", a encore souligné
le colonel. Le porte-parole du
département d'Etat, Richard Boucher, interrogé sur cette
déclaration, a affirmé qu'elle était "pour le moins prématurée", et ajouté que Washington ne prendrait pas de décision sur la certification de
la Birmanie avant "plusieurs mois". La
certification vise, de la part de Washington, à démontrer qu'un pays fait des
efforts suffisants dans la lutte contre les stupéfiants pour échapper à certaines sanctions américaines. Des responsables américains reconnaissent en privé depuis longtemps
la
sincérité de l'engagement antidrogue de certains militaires au pouvoir à Rangoun, tout en critiquant sévèrement les
violations des droits de l'homme
commises par le régime, la répression
politique et la conduite de
l'économie.Les partisans de l'opposition,
incarnée par la dissidente
Aung San Suu Kyi, font campagne contre
l'attribution à la Birmanie d'une certification reconnaissant ses efforts dans la lutte contre
la drogue, de peur qu'elle puisse être interprétée
comme un soutien au régime.
La Baronne Crawley condamne
l’application des droits de
l’homme en Birmanie
04.12.02- Bureau des Affaires étrangères à Londres
Rapport de presse : Un porte-parole
du Bureau des Affaires étrangères
soulignait aujourd’hui l’intervention de la Baronne
Crawley qui, au nom du Gouvernement,
prenait la parole le 3 décembre,
devant la Chambre des
Lords, au cours d’un débat portant sur la Birmanie.
Elle condamne le rapport qui fait référence
à la situation des droits
de l’homme appliqués par le régime birman. " La Baronne Crawley précisait que la réponse du régime birman aux rapports crédibles concernant le non
respect des droits de l’homme,
ne tenait aucun compte des nombreux rapports concernant le
travail des contestataires et des opposants
politiques ".
Nous désapprouvons fermement et nous
avons exprimé notre inquiétude à maintes reprises. Le Général en Chef Than Shwe a le pouvoir de prendre des mesures réelles pour contribuer à offrir
plus de prospérité et de paix
future à tout le peuple birman. Nous en appelons, au nom du Gouvernement, au Général en Chef Than Shwe pour qu’il exerce la volonté et le
leadership politique utile et nécessaires
afin de surmonter la présente impasse. La Baronne
Crawley ajoutait que le Royaume-Uni maintiendrait la pression jusqu’à ce que
la Birmanie s’engage de façon irréversible à mettre tout en œuvre pour adopter un réel changement durable.
Expropriations à Sittwe
Source : Narinjara news, 19 décembre
2002
Dix-huit familles ont été expropriées
de force de leurs domiciles à
Sittwe, la capitale de l’Etat Arakan, depuis le 25 octobre. Elles se sont réfugiées
dans des abris de fortune
aux abords de la ville.
La municipalité les a délogées
au motif qu’elles vivaient
trop prés de l’Hôpital,
sans même prendre la peine de les reloger (il ne s’agit donc pas d’un déplacement forcé, mais d’une éviction
pure et simple). Les familles, qui sont depuis à
la merci des intempéries, ont
délégué un membre de l’une d’entre elles, U Mung Daing, auprès
des autorités. Celles-ci lui ont répondu
que le site n’appartenait
pas à l’Etat mais à un
particulier, U Shwe Tha. Les familles ont donc
demandé à réintégrer leurs maisons. La municipalité a accepté de revoir
la situation, mais aucun changement n’est intervenu depuis.
Deux nouveaux bataillons
pour l’Armée Birmane
Source : Democratic Voice of Burma, 9 décembre 2002
L’armée Birmane devrait créer d’ici
la fin du mois deux nouveaux bataillons d’artillerie, le 307ème et 308ème , placés
sous commandement des
forces côtières, et basés
à Palauk dans les environs de Palaw et Kyaukmedaung, dans la région de Tavoy. Plus de 300 acres de terrain ont été réquisitionnés
de force à cet effet, et les villageois délogés ont été
forcés à participer " volontairement
" à la construction des batiments
militaires, avant d’être invités à quitter les lieux. Un neuvième
bataillon d’artillerie devrait par ailleurs voir le jour à Kyunsu, dans la division de
Tenasserim.