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La lettre d'information hebdomadaire d'Info Birmanie
No. 13, 12 decembre
2002
SOMMAIRE
Edito
La mort de Ne Win passe inaperçue et n'aura pas d'impact
Ne Win : la disgrâce à la suite d'un "complot" contre le régime
Ne Win, ou l'impasse de la "voie birmane vers le socialisme"
Edito
L’information de la semaine, c’est bien sur la mort de Ne Win, le dictateur qui
régna sur la Birmanie de 1962 à 1988. Nous y consacrerons donc ce Net Hebdo. Mais c’est aussi le retour d’Aung San Suu Kyi
à Rangoun après une longue visite en pays Shan. Elle y a participé à la
réouverture de quatre bureaux de la NLD, désormais au nombre de 72 dans tout le
pays (bien que comme l’a rappelé le porte-parole de la NLD, U Lwin, 230 d’entre
eux restent encore clos). Une Suu Kyi optimiste, qui a une fois de plus répeté,
lors d'une interview accordée à la BBC, que des changements interviendraient
dans son pays, meme si le processus devait etre plus long que ce que les démocrates pourraient esperer. Contrairement à
l'envoyé spécial des Nations Unies, Razali Ismael, elle garde volontairement
l'espoir que le dialogue aboutira, allant jusqu'à preciser qu'elle n'a pas
d'animosité envers les militaires, d'autant moins que son père fut le fondateur
de l'armée Birmane. Elle a par ailleurs rappellé la priorité
que constitue la question des prisonniers politiques. En effet, alors
même que Win Tin, journaliste emprisonné depuis 1989, reçoit en
La mort de Ne Win passe inaperçue et n'aura pas d'impact
Source : AFP, 6 décembre 2002
La mort de Ne Win, ancien homme fort de Birmanie, est passée quasiment
inaperçue et les analystes soulignaient vendredi qu'elle aurait peu, voire même
pas du tout, d'impact sur l'évolution du pays. Le nonagénaire, qui a régné
d'une poigne de fer à Rangoun de 1962 à 1988, est
mort jeudi et a été incinéré quelques heures plus tard, lors d'une cérémonie
bouddhiste simple et rapide à laquelle n'assistait aucun des hauts
responsables de la junte, dont certains lui doivent leur ascension. Vendredi,
le quotidien officiel New Light of Myanmar --probablement l'un des
rares journaux de la planète à n'avoir pas publié une ligne annonçant les
attentats du 11 septembre ou de Bali-- a passé le décès sous silence, de même
que la radio et la télévision. Dans sa version en
langue birmane, le New Light a publié toutefois en page intérieure un sobre
avis de décès de la famille, jusqu'à récemment la première famille de Birmanie:
"A Ne Win, notre Père, à qui nous devons gratitude".
Pour les experts interrogés à Rangoun, même si l'ampleur du soutien dont Ne Win
jouissait encore au sein de certains cercles, notamment dans l'armée, est
impossible à jauger avec un régime aussi opaque, sa mort n'aura guère de
répercussions. "Il y a ceux qui pensent qu'il n'avait plus aucune
influence sur les généraux au pouvoir aujourd'hui et donc que sa mort n'a pas
d'importance", explique Win Naing, membre d'un parti pro-démocratie,
"et d'autres pour qui il exerçait encore quelque
influence et que son décès pourrait amener la junte à
plus de souplesse vis-à-vis de l'opposition". "Personnellement, je
n'attends aucun changement: depuis au moins cinq ans Ne
Win avait perdu tout contrôle sur les généraux", conclut-il. Aung Zaw,
rédacteur en chef de la publication birmane
Thaïlande, partage cet avis: "aucun changement
important n'interviendra: Ne Win n'avait plus de pouvoir, il avait totalement
quitté la politique il y a de nombreuses années". Certains experts lui
avaient prêté un rôle politique en coulisse après son retrait en 1988, mais
plus nombreux étaient ceux qui estimaient que Ne Win avait perdu le goût de la
politique et préférait s'adonner à la méditation dans la vie de reclus qu'il
menait dans sa villa ultra-sécurisée au bord d'un grand lac de Rangoun, sa
fille chérie Sandar Win à ses côtés.Il n'en reste pas moins qu'après avoir
détenu des pouvoirs considérables sur trois décennies, façonné le destin d'un
pays isolé devenu exsangue et envoyé de nombreux opposants à la potence ou en
prison, Ne Win a connu "une bien triste fin", comme le souligne Aung
Zaw. "Finir comme ça, comme un paria! Il savait qu'il mourrait dans la disgrâce et il ne pouvait
plus voir ses petits-fils qu'il aimait vraiment, parce qu'ils étaient en
prison. Il ne voulait sûrement plus vivre encore longtemps". La chute du
patriarche est arrivée après la découverte d'un
complot attribué par la junte à son gendre et ses trois petits-fils en mars.
Ne Win a été placé en résidence surveillée avec Sandar Win, épouse et mère des
quatre accusés qui ont été condamnés à la pendaison et attendent ces jours-ci
l'issue de l'appel qu'ils ont interjeté.Les obsèques de Ne Win expédiées, il
est improbable que le régime militaire
organise les funérailles d'Etat auxquelles sa qualité d'ancien président lui
donnait droit. La disparition de Ne Win pose la question du traitement que la
junte va réserver à Sandar Win, épargnée tant que le vieillard était encore en
vie, mais qui est perçue comme le "cerveau" de cette famille devenue
gênante avec son poids dans des secteurs entiers de l'économie, son association
à des scandales de corruption et ses privilèges exorbitants. La junte avait
laissé entendre après la découverte du complot que le sort de cette femme
ambitieuse serait réglé en temps voulu."Elle avait été placée en résidence
surveillée avec lui pour s'occuper de son père", note un analyste,
"mais maintenant?.."
Ne Win : la disgrâce à la suite d'un
"complot" contre le régime
Source : AFP, 5 décembre 2002
La disgrâce brutale de Ne Win, mort jeudi, a pris la forme d'une assignation à
résidence en mars de l'ancien despote, après la découverte d'un
"complot" attribué par le régime à quatre membres de sa famille et
dont l'annonce avait fait l'effet d'une bombe à Rangoun. Le gendre de Ne Win,
Aye Zaw Win, 54 ans, et ses fils, Aye Ne Win, 25 ans, Kyaw Ne Win, 23 ans, et
Zwe Ne Win, 21 ans, avaient été arrêtés début mars à la stupéfaction générale
et accusés de haute trahison et de divers crimes économiques : importation
illégale de voitures ou fraudes dans la téléphonie mobile notamment. Ils avaient été arrêtés alors qu'ils venaient de rencontrer
un officier pour fomenter, d'après la junte, un complot.
Beaucoup d'analystes sont restés sceptiques sur la réalité et
l'ampleur du complot attribué aux accusés, mais leur condamnation a permis
d'écarter une dynastie qui était devenue une cause d'embarras croissant. Les
membres du clan Ne Win devaient prendre en otages le généralissime Than Shwe,
le général Maung Aye et le général Khin Nyunt, respectivement numéros un, deux,
et trois du régime, et les amener à faire allégeance devant Ne Win, selon le
scénario présenté officiellement. Ne Win et sa fille
Sandar Win, femme puissante et ambitieuse, étaient depuis
mars confinés dans leur résidence de Rangoun "pour leur sécurité". Le 26 septembre, les quatre membres de la famille de Ne Win ont été
condamnés à la pendaison. Ils ont interjeté
appel de leur condamnation et leur sort devrait être connu dans les jours à
venir. Les analystes estiment que les peines seront commuées.
Leur procès s'est déroulé pendant quatre mois dans l'indifférence générale, apportant
à peine une diversion à la myriade de problèmes, notamment économiques,
auxquels est confronté le peuple. Mais
les Birmans n'ont pas pleuré à l'énoncé du verdict. Au
contraire. Trafics économiques divers et variés,
mainmise sur des secteurs entiers de l'économie, passe-droits, abus de pouvoir
et frasques des rejetons semant la terreur dans Rangoun, les excès et
l'arrogance des descendants de Ne Win étaient devenus par trop voyants. La
découverte du complot s'était soldée par une série d'arrestations, notamment
dans l'armée, et avait mis fin d'une manière
spectaculaire à l'ère de l'ancien autocrate qui avait régné d'une main de fer
sur la Birmanie pendant 26 ans.
Ne Win, ou l'impasse de la "voie birmane vers le socialisme"
Source : AFP, 5 décembre 2002
Ne Win, l'ancien autocrate décédé jeudi à Rangoun, a incarné la "voie
birmane vers le socialisme", une expérience désastreuse qui a conduit la
Birmanie à un isolement et une banqueroute dont elle ne s'est toujours pas
relevée.Né en 1910 dans une famille sino-birmane --son véritable nom est Maung
Shu Maung--, il a dirigé l'Union birmane d'une poigne de fer de 1962 à 1988 et,
selon les analystes, serait resté influent dans les coulisses après son retrait
et en dépit de sa mauvaise santé. Derrière le médiocre étudiant, qui sera un temps employé des postes, apparaît dans les années 1930
un jeune homme ambitieux, ultra-nationaliste et féru de discipline. Il fait ses premières armes avec le groupe dit des
"Trente Camarades", mouvement anticolonial qui combat la tutelle britannique
sous les ordres d'Aung San (le père d'Aung San Suu Kyi), l'artisan de
l'indépendance birmane. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il
devient chef d'état-major de l'Armée
nationale birmane (BNA), sous le nom de guerre de Bo Ne Win ("Soleil de
Gloire"), et flirtera avec l'occupant japonais, accueilli au début en libérateur
par nombre de nationalistes. Quand survient l'indépendance en 1948, quelques
mois après l'assassinat d'Aung San, Ne Win tient l'armée sous sa coupe.Dix ans
plus tard, il est appelé à la tête d'un gouvernement militaire
"intérimaire" afin de rétablir l'ordre menacé par des rébellions
ethniques, une guérilla communiste et l'anarchie à Rangoun. Il cède le pouvoir
aux civils en 1960, mais le reprend, à la suite d'un coup d'Etat militaire du
"Conseil révolutionnaire" qu'il dirige, en mars 1962, sous prétexte
d'"activités séparatistes" des nationalistes de l'Etat Shan (nord-est).
Le parlement est aboli. La Birmanie tombe sous la férule
du général Ne Win pour près de trente ans.
Il crée le Parti du Programme Socialiste de Birmanie
(BSPP), parti unique à partir de 1974, et devient chef d'Etat la même année
(jusqu'en 1981).
Homme fort, et de l'ombre, il s'emploie à appliquer une idéologie d'inspiration
"marxiste-bouddhiste" --fondée sur l'autosuffisance-- qui se traduit
par des nationalisations, y compris des commerces privés, et à l'extérieur par
un strict non alignement (il était ami du despote indonésien Suharto) et la
fermeture des frontières. Les résultats sont catastrophiques,
"criminels", dit aujourd'hui un diplomate en
poste à Rangoun.
La liquidation des magasins de détail met au chômage des centaines de milliers
de petits commerçants indiens et chinois qui sont
expulsés sans ménagement du pays. L'économie et le niveau de vie continuent de
décliner dans les années 1970 et 1980,
tandis que les insurrections ethniques se multiplient et s'intensifient.Le
pays, dont le budget est grevé par les dépenses militaires, ne survit que grâce
à "la planche à billets". A la fin 1987, après trois démonétisations,
la Birmanie est ruinée, en proie à des troubles
estudiantins.
Devant l'ampleur de la contestation, Ne Win démissionne de la présidence du
Parti de l'Unité Nationale (NUP, ex-BSPP) lors d'un congrès extraordinaire en
juillet 1988.Le 18 septembre, une junte militaire --le Conseil de Restauration
de la Loi et de l'Ordre (Slorc)-- prend le pouvoiraprès avoir écrasé le
mouvement démocratique. Le coup d'Etat aurait été organisé par Ne Win, selon
certains historiens, et deux des généraux dirigeant la junte, le président Than
Shwe et le premier secrétaire Khin Nyunt, furent ses féaux.La date même, le
18/9, est apparue comme un symbole de Ne Win car le "Vieil Homme"
fantasque et autoritaire était aussi épris de numérologie, et terriblement superstitieux, comme beaucoup de
Birmans.Le 9 (8 + 1) était son chiffre fétiche, multiple du 3 qui signifie
l'union du ciel, du monarque et de la terre.