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La lettre d'information hebdomadaire d'Info Birmanie
No. 11, 27 novembre
2002
SOMMAIRE
Edito: Sida en Birmanie
115 prisonniers politiques libérés
Relations Bangladesh-Birmanie
Front contre l'impunité à Bruxelles
Edito: Sida en Birmanie
La nouvelle de la semaine, c’est bien sur la libération de 115 prisonniers
politiques. Pris par le temps, nous nous contenterons à ce
sujet de publier ici l’article du Figaro, interessant à bien des points de
vues. Veuillez nous en excuser. L’autre
fait marquant, c’est la sortie du rapport de l’Onusida. Il a beaucoup été fait etat dans la presse de la situation
dramatique que connaît la Chine, alors que ses dirigeants commencent à peine à
reconnaître que le fléau a atteint leur pays. Comme nous l’avons déjà écrit, la
Birmanie est supposée connaître des taux de Sida
dépassant de loin ceux que l’on peut constater chez ses voisins, et qui au
contraire rappellent l’Afrique de l’Est. " Supposée
", car tant que la junte continuera à fermer les yeux, il sera très
difficile d’avoir des données précises. L’ampleur du drame est
néanmoins devenue telle qu’elle est en elle même une clé aux développements
politiques du pays.
Parce que d’un côté Aung San Suu Kyi conditionne son soutien à une aide
exterieure au contrôle de celle-ci, et que d’autre part les militaires peuvent
de moins en moins faire sans, la crise humanitaire (malnutrition, sida, sans
compter les atteintes aux droits de l’Homme) est désormais le premier point
d’accroche au bras de fer que se font les démocrates et les militaires. Aux
dépens des seconds et de la population.
C’est dans ce contexte que la junte continue à donner des signaux forts
(libération d’Aung San Suu Kyi en mai, de 115 prisonniers politiques aujourd’hui ), sans avoir l’air d’avancer d’un centimètre vers
la démocratie.
115 prisonniers politiques libérés
LE FIGARO, 26 novembre 2002
MYANMAR
Rangoon libéralise en trompe-l'oeil
Le régime militaire birman a commencé à libérer 115 prisonniers politiques, la
vague de loin la plus importante depuis que Rangoon a amorcé les élargissements
d'opposants, à un moment où la pression s'accroît sur la Birmanie pour qu'elle
amorce une transition politique. Cette mesure a été
annoncée moins d'une semaine après la visite de l'émissaire de l'ONU, Razali
Ismail, et alors que les généraux birmans sont accusés de traîner les pieds
pour l'ouverture d'un dialogue politique avec l'opposition qui déboucherait sur
une démocratisation et leur retrait du pouvoir.
Etrange leçon de civisme, baptisée " désir du
peuple ". En Birmanie, l'une des pires dictatures de la planète, les murs
menacent en caractères géants : " Ecrasons les
ennemis de l'armée. "
L'euphorie provoquée par la levée de l'assignation à résidence de la célèbre
opposante Aung San Suu Kyi, il y a plus de six mois,
est retombée. Pour donner l'illusion qu'une " nouvelle
ère " est sur le point de s'ouvrir, la junte militaire birmane, au pouvoir
depuis 1988, gesticule. Elle fait valoir qu'elle a libéré jeudi 115 prisonniers
politiques, " la vague de libérations de loin la
plus importante ", insiste la société américaine en communication des
généraux birmans.
Mais le Conseil d'Etat pour la paix et le développement (SPDC, acronyme de la
junte), " oublie de dire qu'il s'agit de prisonniers en fin de peine,
qu'il en garde un millier dans ses geôles ou que, récemment, 21 étudiants ont
été arrêtés pour avoir formé sans autorisation un cercle littéraire ",
rétorque Tennyson, officier de la guérilla karène qui achète son bétel dans un
étal du marché birman de Sangklaburi, à la frontière thaïlando-birmane.
Jeudi dernier encore, Khin Maung Win, un étudiant en
droit, auteur de pamphlets sur le régime, a été condamné à sept ans de prison.
Bref, le gouvernement " brûle beaucoup de gnapi
(saumure de poisson extrêmement odorante). Mais le peuple ne sent rien ".
Version locale de " Beaucoup de bruit pour rien
". " Tant que les “chiens fous” – surnom des
généraux au pouvoir – ne seront pas morts, la Birmanie restera une immense
prison ", conclut Tennyson.
Le dialogue entre la junte et l'opposition
démocratique est mort-né. " Les discussions
historiques et secrètes de réconciliation nationale ", annoncées fin 2000,
n'ont pas démarré. Découragé, Razali Ismail, médiateur des Nations unies,
envisage de démissionner. " Négocier avec les
généraux, c'est comme jouer de la harpe à des buffles ", estime Kyaw Win,
un opposant en exil en Thaïlande. Douze ans après les élections législatives du
27 mai 1990, remportées haut la main par le parti de Aung San Suu Kyi et
annulées pour cette raison, les gradés se cramponnent au pouvoir et répètent
les mêmes principes de prudence : " La
précipitation vers la démocratie est dangereuse ", croit bon de dire Khin
Nyunt, numéro trois de la junte et chef des renseignements militaires.
Ruinée par l'incurie des gradés, la Birmanie est
devenue l'un des pays les plus pauvres du monde. La population agonise. A
C'est la course à la survie. A Mingaladon, le quartier
de l'aéroport de
Dans les campagnes, les paysans qui doivent tenir le rythme des trois récoltes
de riz par an ordonnées par la junte et destinées à l'exportation pour remplir
les caisses nationales de devises ne sont plus que " des bêtes de somme et
doivent se contenter d'un exécrable porridge ", explique Saw Ehlerhtoo,
originaire de Pathein, raflé par l'armée pour travailler à la construction
d'une route, qui a trouvé refuge en Thaïlande. La population est
à cran. Pour des broutilles, les esprits " s'enflamment
comme le fourrage ". Au marché, les clientes s'insultent de " femme à cent hommes ", " épouse d'un chien
" en retroussant leur sarong.
Pour tenir le coup, on se raconte des histoires les plus
sordides les unes que les autres. Un peu comme
pour se convaincre qu'il y a plus malheureux que soi. Un
paysan de Yakwe réquisitionné par l'armée pour la construction d'une route ne
parvenait plus à nourrir ses enfants, toute la famille a avalé de la mort aux
rats.
Durant les pwe, les fêtes de quartiers données en hommage aux esprits, on moque
les gradés, avec des jeux de mots, malgré la menace constante d'une arrestation
et de tortures pour qui ose critiquer les puissants. Tout est bon pour se
mettre du baume au coeur : " Win Aung – ministre
des Affaires étrangères – est un menteur, il a les dents de traviole ",
entend-on. " On va être débarrassé de Maung Aye –
numéro deux de la junte et chef d'état-major des armées –, car cette année
n'est pas bénéfique aux personnes nées un jeudi. " On parie sur le prochain
nom de la junte militaire, experte en changement d'étiquettes : elle a troqué
" la loi et l'ordre " pour " paix et développement ", il
n'y a plus de " travail forcé " en Birmanie mais du " loapi
", travail volontaire. Les uns penchent pour "
démocratie 100 % ", les autres pour " superdémo cratie ".
Et quand on a épuisé ces maigres satisfactions, on
s'enivre avec un tord-boyaux distillé par les lépreux du village de Htaukyant
au nord de
La paranoïa des dirigeants birmans est telle, qu'il
est même dangereux d'être un vendu. Le présentateur vedette de la Myanmar TV a
fini en prison après avoir dit à une candidate d'un concours de chant qui
venait d'avoir l'équivalent de son baccalauréat : " Tu as donc fini ton
cursus scolaire. " Cette phrase anodine a été interprétée par les censeurs
comme une allusion au fait que tous les établissements d'enseignement
secondaire sont fermés depuis plus de six ans.
Relations Bangladesh-Birmanie
Le ministre des Affaires Etrangères du Bangladesh, M. Morshed Khan s’est rendu
en Birmanie du 20 au 22 novembre, pour discuter avec son homologue birman U Win
Maung, des relations économiques entre les deux pays, notamment concernant
l’autoroute Dhaka-Rangoun. Des ingénieurs birmans ont commencé en septembre à
étudier la possibilité de transformer la route qui relie les villes de Maung
Daw, Buthidang et Rathidang dans l’Etat Arakan en
autoroute (environ les deux tiers de la partie birmane de cette autoroute se
situeront dans cet Etat). Les autorités de
Front "peu commun contre l'impunité"
A l'appel d'Actions Birmanie et des Magasins du monde-OXFAM, près de 150
personnes étaient présentes ce 27 novembre sur les marches du Palais de Justice
de Bruxelles pour remettre au Procureur du Roi les 4000 cartes de soutien à la
plainte déposée par 4 réfugiés birmans contre TotalFinaElf. Plusieurs
associations et syndicats se sont associés à cette
manifestation qui, au-delà du dossier birman, visait à soutenir la loi belge de
Compétence Universelle. Citons: la FGTB, la CSC, la Ligue des Droits de
l'Homme, Attac, L'Association des Anciens Prisonniers du camp de
Natsweiler-Struthof, la CISL, Human Rights Watch, la Fédération Internationale
des Ligues des Droits de l'Homme, la Ligue des Familles. Des
victimes dans d'autres dossiers relevant de la Loi de Compétence Universelle
étaient également présentes.