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La lettre d'information hebdomadaire d'Info Birmanie
No. 8, 6 octobre 2002
SOMMAIRE
Edito
Accor se retire de Birmanie
UE: Position commune et conclusions du conseil
Mines antipersonnelles
Des armes serbes en Birmanie
Déplacements forcés à Rangoun
Travail forcé
Edito
par Mael Raynaud
Tous les observateurs, dont Info Birmanie, avaient salué la libération d’Aung
San Suu Kyi le 6 mai dernier, tout en prenant bien soin de ne pas tomber dans
le panneau trop facile du relâchement face à la junte. Même si cette libération
etait de bonne augure, et ce d’abord pour Aung San Suu Kyi elle même, elle ne
devait pas faire oublier que la situation du pays n’avait pas changé du jour au
lendemain (et que 1300 prisonniers politiques sont encore enfermés, comme l’a
rappelé cette semaine le rapporteur des Nations Unies aux Droits de l’Homme).
La tentative des généraux de nettoyer leur image à peu de frais a donc
largement échoué. Force est de constater qu’aussi bien au niveau Européen qu’au
niveau Français, comme dans la plupart des autres pays, les diplomaties sont
restées fermes sur leurs positions, et même si certains, comme le Japon et
l’Australie, sans parler de la Chine, ne sont pas toujours très clairs
vis-à-vis des militaires, ceux-ci se retrouvent de fait de plus en plus
isolés. Les entreprises, sous la pression de tous ceux qui soutiennent les
démocrates birmans, mais aussi pour des raisons économiques, sont de moins en
moins nombreuses à investir en Birmanie, et à
l’inverse certaines s’en retirent. Cela a été le cas
notamment de Triumph ou de Premier Oil il y a quelques mois. C'est aujourd'hui
le cas du groupe Accor, qui vient d'annoncer son
retrait de Birmanie. Et c'est là une excellente
nouvelle. D’abord parce qu’après TotalFinaElf, le groupe
hôtelier constituait le principal soutien Français à la junte. Mais
aussi et peut-être surtout parce que c’est le signe
que la grande campagne lancée en 1996 visant à faire rentrer des devises par le
biais du tourisme est un demi-échec. Nous donnions la semaine
dernière le chiffre de 278 951 touristes ayant visité la Birmanie en 2001.
C’est autant de trop, bien sur, mais c’est également loin des
attentes des généraux. A moins de considérer que la multiplication des
campagnes citoyennes et des procès contre des firmes
engagées en Birmanie porte ses fruits et contraint les
entreprises à revoir leurs objectifs de developpement vis à vis d'un pays mis
au banc des nations.
C’est vrai qu’avec le scandale des femmes de ménages exploitées par la société
Accor se retire de Birmanie
Union internationale des travailleurs de l’alimentation, de l’agriculture, de
l’hôtellerie- restauration, du tabac et des branches connexes (UITA)
Genève, 31 octobre 2002
La société transnationale française Accor (hôtellerie, tourisme et loisirs), a
informé l’UITA qu’elle avait pris la décision de se retirer de Birmanie. Le
Président du Directoire, Jean-Marc Espalioux, en a fait l’annonce le 30 octobre
à l’occasion d’une réunion syndicale internationale tenue sous les auspices de
l’UITA à Genève.
Accor gère actuellement deux hôtels en Birmanie, le Novotel
Dans ses rencontres avec la direction générale du
Groupe Accor, l’UITA avait à chaque fois soulevé la question de la présence de
la société en Birmanie. Depuis le renversement du gouvernement démocratiquement
élu de Aung San Suu Kyi, l’UITA avait appuyé les appels lancés par les
organisations syndicales birmanes et le gouvernement
en exil, qui demandaient un boycott du tourisme et le désinvestissement des
sociétés transnationales. Encore récemment, à l’occasion de la Journée
syndicale du tourisme de l’UITA, les organisations affiliées ont répondu à un appel lancé par celle-ci en faisant parvenir au Groupe
Accor et aux autres chaînes hôtelières toujours actives en Birmanie un message
leur demandant de quitter le pays.
"La décision d’Accor suit des décisions identiques prises par d’autres
entreprises hôtelières et sociétés transnationales", a déclaré le
secrétaire général de l’UITA, Ron Oswald. "Nous sommes
heureux que l’UITA ait pu jouer un rôle dans le processus qui a finalement
convaincu la société que son refus de quitter la Birmanie ne pouvait que lui
être nuisible à long terme. La relation constructive établie au fil des
années entre l’UITA et la direction générale d’Accor a certainement été un
élément important de ce succès".
http://www.iuf.org.uk
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UE: Position commune et conclusions du conseil
Le Conseil a adopté une position commune amendant sa position commune n°
96/635/CFSP dans le but de prendre en compte les changements dans la
composition du régime en Birmanie/Myanmar, et la prolonger de six mois. La
position commune comprend des mesures restrictives (interdiction de visa, gel
des avoirs) à l’encontre d’un certain nombre de dirigeants Birmans (doc.
12890/02).
Le conseil a adopté les conclusions suivantes:
“Le Conseil de l’Europe a depuis longtemps appelé à l’instauration d’une
démocratie en Birmanie, à la recherche d’une réconciliation nationale, et au
respect des Droits de l’Homme. L’Union Européenne continue à suivre de prés les
évolutions dans ce pays, et à exprimer son soutien à
Mr Razali, l’envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations Unies. L’UE a
salué la libération d’Aung San Suu Kyi au début du mois de mai 2002, ainsi que
Un tel dialogue devra à terme inclure tous les acteurs politiques, notamment
des représentants des minorités ethniques, et mener à un rétablissement d’un
vrai et légitime gouvernement démocratique en Birmanie/Myanmar, qui
bénéficierait d’un soutien entier de la communauté internationale.
Le conseil a exprimé sa vive inquiétude quant aux violations permanentes des
Droits de l’Homme en Birmanie/Myanmar, et a réitéré son soutien au rapporteur
spécial des Nations Unies aux Droits de l’Homme, Mr Pinheiro.
Le conseil a demandé la libération immédiate et sans
conditions de tous les prisonniers politiques, en priorité les plus âgés et les
malades. Le conseil a également invité les autorités a
poursuivre la coopération avec le CICR (croix rouge, ndlr) dans le but
d’améliorer les conditions de vie dans les prisons. Le conseil a réitéré son
appel à l’allègement des restrictions aux libertés d’association et d’expression, notamment la liberté de la presse. Le
Conseil a exprimé sa sérieuse inquiétude quant aux souffrances
disproportionnées dont sont victimes les minorités ethniques, les femmes, les
enfants, les personnes déplacées de l’intérieur, notamment dans les zones où
aucun cessez-le-feu n’a été signé, c’est-à-dire les permanentes et
systématiques violations des droits civils, politiques, sociaux et culturels,
notamment l’usage du viol. Le Conseil a demandé aux autorités de mettre un terme définitif à l’utilisation du travail forcé, et les
a encouragés à travailler avec l’officier de liaison de l’Organisation
Internationale du Travail (OIT) sur ce terrain. Le Conseil a
également demandé aux autorités de prendre des mesures vigoureuses pour
combattre la production et le trafic de drogues.
Le Conseil a exprimé son inquiétude quant à la situation humanitaire, et a demandé aux autorités de s’assurer que l’assistance
humanitaire parvient à la population la plus vulnérable. En particulier, le
Conseil souligne l’importance de mesurer correctement, en collaboration avec
les parties intéressées, notamment la NLD, l’étendue de l’épidémie de
sida/HIV, qui s’étend dans le pays. Dans ce contexte,
l’UE est en train de finir de mettre sur pieds un programme de lutte contre le
sida qui porterait sur 5 millions d’euro. Si les conditions sont remplies pour
l’établissement de ce programme, l’UE prendra en considération l’éventualité
d’une aide plus large à la population.
Le Conseil a exprimé sa préoccupation face à la
dégradation rapide de la situation économique dans le pays, et aux premières
indications d’un manque de nourriture chez certains groupes de population. Le
Conseil a encouragé les autorités à accepter l’invitation des Institutions
Financières Internationales à ouvrir un dialogue sur
des réformes macro-économiques. Le Conseil a également encouragé les autorités
signer les huit conventions anti-terroristes dont la Birmanie/Myanmar n’est pas
signataires, ainsi qu’à ratifier la convention sur les armes chimiques (CWC),
la convention sur les armes biologiques et toxiques
(BTWC), ainsi que la convention de Palerme sur le crime organisé transnational.
Le Conseil a décidé de prolonger la position commune de l’UE sur la
Birmanie/Myanmar de six mois, et de porter une attention particulière à
l’évolution de la situation politique dans ce pays. Le Conseil est prêt à réagir en proportion à des développements qui
surviendraient en Birmanie/Myanmar, qu’ils soient positifs ou négatifs.
Mines antipersonnelles
Source: Kaladan Press, 3 novembre 2002
Deux militaires birmans ont été tués et deux autres blessés par des mines
antipersonnelles posées par la Nasaka, la police des frontières birmane, sur
200 km sur la frontière avec le Bangladesh. D’après un
membre de la Rohingya National Army (RNA), il arrive fréquemment que des
militaires se prennent ainsi à leur propre piège. Cette version birmane de
l’arroseur arrosé prêterait presque à sourire si la frontière entre les deux
pays ne devait pas être dangereuse à très long terme, comme toutes les régions
du monde infestées de mines anti-personnelles.
Des armes serbes en Birmanie
Source: Onasa News Agency, 4 novembre 2002
Le Premier ministre Serbe, Mladen Ivanic, a admis ce lundi que son pays avait
négocié la vente d’un surplus d’armes à la Birmanie, mais que celles-ci
s’etaient arrêtées quand son pays s’etait aperçu que la Birmanie etait sous
embargo des Nations Unies.
Déplacements forcés à Rangoun
Source: Democratic Voice of Burma, 2 novembre 2002
Les autorités ont demandé à des habitants de la capitale birmane de quitter
leurs maisons avant le 15 de ce mois. Les habitations,
datant de la période coloniale, entourent un ancien
bâtiment du gouvernement. Plusieurs centaines de familles seraient concernées
par ce qui semble bien être une volonté de faire place
nette dans le centre historique de Rangoun.
Travail forcé
Source: Democratic Voice of Burma, 2 novembre 2002
November 2 2002
Le SPDC serait sur le point d’utiliser des prisonniers pour réparer un pipeline
line gazier du sud de la Birmanie, abîmé par les récentes pluies et
l’érosion. Ce pipeline est une branche de celui de
Total qui relie la cimenterie de Pa'An. Il a jusqu'ici
été impossible d'etablir la responsabilité du groupe français, qui pourrait
avoir été "oublié" sur ce projet, qui quoi qu'il en soit porte
atteinte à l'environnement de façon trés inquiétante.