Birmanie>Net Hebdo - La lettre d'information
hebdomadaire d'Info Birmanie
No. 7, 30 octobre 2002
SOMMAIRE
Recherche de documents
Aung San Suu Kyi, l’interview
La CISL publie une "liste noire" de 325 entreprises en lien
avec la Birmanie
Fin de la visite de l’expert des Nations Unies
La Birmanie a la plus grande armée d'enfants au monde
Conférence Kachin : un pas trés important en avant.
Interdiction de deux magazines par le Bureau de la censure
Recherche de documents
Info Birmanie collabore avec l'association Khiasma à un projet de livre sur la
Birmanie. Ce livre, dont la sortie est prévue pour mars 2003, regroupera des
témoignages, de courtes bandes dessinées et des éléments d'information
générale. Vous en saurez plus en consultant le site Internet du projet : www.birmanie.org
Des besoins urgents de documentation photographique nous amènent à vous
demander aujourd'hui votre contribution (pour ceux qui seraient allés en
Birmanie, ou posséderaient des documents utiles). Une liste suit, regroupant ce
que sont précisément ces besoins.
Il est à préciser que la valeur esthétique des photographies est de peu
d'importance. Il s'agit de documentation destinée aux auteurs de bande
dessinée.
Voici la liste :
- aéroport de Rangoon
- Rangoon (vues d'ensemble, restaurants (de l'intérieur surtout), intérieurs
des habitations)
- militaires
- de hauts-gradés du SPDC priant dans une ou des pagodes
- intérieurs de pagodes (notamment Shwedagon)
- images de Manerplaw avant la chute
- Mandalay (non le site, mais la ville "normale" - et notamment,
habitations vues de l'intérieur)
- New Pagan
-images des travailleurs forcés ayant eu à rénover les douves du palais de
Mandalay
Si vous avez des documents susceptibles de nous aider, merci de les faire
parvenir à info birmanie en précisant "documentation pour les bandes
dessinées"
Merci d'avance.
Frédéric Debomy
membre du bureau d'Info Birmanie et responsable du projet "Birmanie, la
peur est une habitude" au sein de l'association Khiasma
Aung San Suu Kyi, l’interview
Source : Asia Tribune
Au moment où le leader des démocrates birmans termine une visite de quatre
jours en dehors de Rangoun, nous vous livrons la traduction de l’interview
qu’elle a accordé ce mois-ci à Asia Tribune. Au cours de cette visite, elle a
rencontré la population de plusieurs villes au nord de Rangoun, allant jusqu’à
Tharawaddy en compagnie du vice-président de la NLD, U Tin Oo et d’autres
membres de son parti. Il est prévu qu’elle se rende en pays Chin d’ici la fin
2002 ou début 2003, accomplissant ainsi symboliquement le voyage qu’avait prévu
son père, avant d’être assassiné.
Accroître l’aide, c’est la solution à la crise humanitaire ?
Non, une meilleure gouvernance est la réponse à la crise humanitaire.
Pensez-vous qu’accroître l’aide humanitaire accordée à la Birmanie donnera
une plus grande marge de manœuvre à la société civile ?
Non, simplement parce qu’en renforçant l’aide accordée au pays, vous ne faites
rien pour sa société civile. D’autres mesures doivent être prise pour cela,
comme faire pression pour que l’on instaure un véritable pluralisme, car sans
pluralisme il n’y a pas de société civile forte.
Ceux qui comme vous sont prudents face à l’accroissement de l’aide
humanitaire sont souvent décrits comme étant irresponsables, manquant de
compassion, et faisant passer la politique avant les vies humaines. Qu’en
pensez-vous ?
Je pense que c’est un jugement hâtif. Je pensais que les réactionnaires
approuvaient que l’on soit prudent. Il est étrange que les réactionnaires
disent aujourd’hui que la prudence est irresponsable. Quand les gens pensent
que vous en faites trop ils disent que vous êtes irresponsables, mais quand ils
pensent que vous n’en faites pas assez, ils le disent aussi. On peut donc dire
que c’est un jugement très subjectif.
Ceux qui comme vous souhaitent poser des conditions à l’aide sont-ils trop
inflexibles ?
Trop inflexibles ? Pas du tout, justement parce que tout dépend des conditions.
Si les conditions sont raisonnables, vous ne pouvez pas dire qu’il y a
inflexibilité.
Ceux qui à l’inverse soutiennent l’accroissement de l’aide humanitaire
disent que la crise humanitaire ne peut pas attendre les changements
politiques. Etes-vous d’accord ?
Je dirais que la Birmanie ne peut pas attendre les changements politiques.
Les aides plus larges reçues par ses voisins sont parfois citées pour
justifier un accroissement massif de l’aide accordée à la Birmanie. Cette
comparaison est-elle juste ?
Pas du tout. La différence est
Nous devons nous demander si cette différence justifie une difference de
traitement.
Quelles conditions sont nécessaires pour s’assurer que l’assistance
humanitaire profitera à la population ?
Je l’ai dit et répété ad nauseam, la transparence et le contrôle indépendant.
Sans cela, il n’y a aucune assurance de ce que deviendra l’aide. Elle peut ne
pas servir la population, ou au contraire servir à l’oppresser un peu plus.
Sans ses conditions, vous ne pouvez pas dire que l’aide aidera la population.
Si vous pouviez vous adresser à ceux qui décident d’accroître l’aide, que
leur diriez-vous ?
Je leur dirais que l’aspect le plus important dans cette affaire c’est la bonne
gouvernance. Une fois de plus, sans cela, il n’y a aucune façon de s’assurer
que l’aide profitera à la population. Nous ne répéterons jamais assez que la
bonne gouvernance est la solution aux problèmes de la Birmanie.
Quel type d’aide est-il important de soutenir à l’heure actuelle ?
Il est possible qu’il y ait des formes d’aide humanitaire que l’on puisse utiliser
correctement parce qu’il y a un contrôle et une transparence.
Vous pensez au sida/HIV ?
Il y a beaucoup à faire en la matière en effet mais je ne crois pas qu’on doive
focaliser sur ce problème, parce qu’il y en a d’autres.
Vous avez également souvent dit que l’aide devait profiter à la population
et apporter la démocratisation. On dit souvent que le commerce et l’aide
permettent d’élargir la classe moyenne, et conduisent à un besoin de
démocratie, ce qui justifierait un accroissement massif de l’aide économique
apportée à la Birmanie.
Etes-vous d’accord ?
Je ne crois pas qu’en créant une classe moyenne on favorise la démocratie. Je
crois au contraire qu’en favorisant la démocratie on favorise l’épanouissement
de chacun. De bonnes reformes politiques mèneront à de bonnes reformes
économiques.
La CISL publie une "liste noire" de 325 entreprises en lien
avec la Birmanie
Sources : AFP, 25 octobre 2002
Xinhua News Agency, 22 octobre 2002
La Confédération internationale des syndicats libres (CISL) publie une
"liste noire" actualisée de 325 entreprises étrangères ayant des
activités "qui contribuent à soutenir le régime de dictature brutal et
répressif" en place en Birmanie. Par rapport à sa liste précédente, la CISL
indique avoir ajouté 92 nouvelles compagnies, alors que d'autres ont été
retirées, de cette énumération des "principaux investissements et autres
formes de rapports économiques" établis par des entreprises en Birmanie.
Parmi les nouveaux entrants, la CISL cite le groupe britannique British
American Tobacco (BAT), numéro deux mondial du tabac, le constructeur
automobile japonais Suzuki, le groupe de distribution français
Pinault-Printemps-Redoute (PPR), le groupe de télécommunications thaïlandais
Shin Corporation et la compagnie aérienne autrichienne Austrian Airlines. La
CISL cite également dans son communiqué les groupes coréens Hyundaï
(automobile) et Daewoo (conglomérat) et LG Electronics.
"Commercer avec la Birmanie revient à soutenir la dictature militaire
birmane", qui "accepte chaque investissement direct étranger",
estime le CISL, ajoutant que "plusieurs entreprises" étrangères
"ont constitué des joint-ventures avec des sociétés contrôlées par la
junte". "Le régime birman est directement responsable de
l'utilisation croissante du travail forcé et d'un grand nombre de graves
violations des droits de l'Homme, et est lourdement impliqué dans le
blanchiment d'argent et dans la production d'opium et d'autres drogues
interdites", explique la CISL. "Les preuves des liens existants entre
des compagnies étrangères, la junte militaire" au pouvoir en Birmanie
"et l'utilisation du travail forcé ont été
détaillées dans un rapport de 350 pages présenté par la CISL à l'Organisation
internationale du travail (OIT) la semaine dernière", explique la CISL. Il
est par ailleurs intéressant de savoir que les investissements étrangers en
Birmanie ont chuté de 96,59 pour cent au premier semestre 2002 par rapport à la
même période l’année précédente. Ils portent sur 1, 516 milliards de dollars, que
l’on ne pourra s’empecher de comparer aux 1,2 milliards de dollars du contrat
de TotalFinaElf…
A l’inverse, le nombre de touristes a augmenté de 23,46 % dans la même période.
En 2001, 278 951 touristes étrangers se sont rendus en Birmanie, d’après les sources
officielles. Dont bon nombre de Français.
Fin de la visite de l’expert des Nations Unies
Concluant une visite de 10 jours en Birmanie, l’expert des droits de l'homme de
l'ONU a invité les autorités birmanes à autoriser l'ouverture
d'une enquête digne de foi sur les violations des droits de l'homme qui
auraient été commises par des groupes armés contre les minorités ethniques du
pays. Le Rapporteur spécial des droits de l'homme de l'ONU, Paulo Sergio
Pinheiro, a notamment invité le Gouvernement de Rangoun à faire toute lalumière
sur les accusations de violences sexuelles commises dans l'Etat Shan, et à
permettre une présence substantielle du personnel de la Croix rouge
internationale dans les zones de conflit. Il avait refusé de visiter le pays Shan,
puisque ne pouvant pas y circuler librement, ce qui lui a valu les
félicitations de l’opposition Shan. Il a également demandé qu'une enquête soit
ouverte concernant les allégations de conscription forcée des enfants-soldats
au
Il s’est ensuite rendu en Thailande où il rencontré des organisations Shan,
notamment à propos du rapport " licence to rape ", ainsi que l’envoyé
spécial du secretaire général des Nations Unies Razali Ismael.
La Birmanie a la plus grande armée d'enfants au monde
Source : AFP, 15 octobre 2002
Des enfants, dont les plus jeunes ont onze ans, sont enrôlés de force
dans l'armée de Birmanie, où ils sont conduits à commettre des violations aux
droits de l'Homme, a accusé l'organisation de défense des droits de l'Homme
Human Rights Watch (HRW). Dans un rapport de 220 pages publié mardi et
intitulé: "Mon fusil était plus grand que moi: enfants soldats en
Birmanie" HRW estime que plus de 20% des 350.000 soldats servant dans
l'armée birmane ont moins de 18 ans. "La Birmanie ne respecte pas bien les
droits de l'Homme, mais quand il s'agit des enfants-soldats, son cas est l'un
des pires au monde" a déclaré Jo Becker, directrice de la section
"Droits de l'enfant" de Human Rights Watch.
La grande majorité des enfants soldats sont enrôlés dans l'armée nationale,
mais des groupes armés d'opposition les utilisent aussi, affirme le rapport.
"L'armée birmane a recours aux menaces, à l'intimidation et souvent à la
violence pour forcer de jeunes garçons à devenir soldats", a ajouté Jo
Becker. "Etre un jeune garçon en Birmanie aujourd'hui signifie courir le
risque permanent d'être enlevé dans la rue, forcé de commettre des atrocités
contre des villageois et ne plus jamais revoir sa famille". Ce rapport,
que l'organisation estime être le plus complet effectué sur ce
sujet à ce jour, a été réalisé après des rencontres avec plus de trois
douzaines d'enfants, anciens soldats ou actuellement sous les drapeaux.
Selon HRW, les recruteurs de l'armée sont particulièrement actifs dans les
gares et des arrêts de bus, menaçant les enfants d'emprisonnement s'ils
refusent de s'enrôler. On ne leur donne pas la possibilité de contacter leurs
familles, ils sont envoyés dans des camps où on les entraîne au maniement des
armes et où ils sont régulièrement battus et brutalement punis s'ils tentent de
s'évader. Salaing Toe Aung, recruté à l'âge de 16 ans, se souvient qu'un garçon
repris après une tentative d'évasion avait été battu avec des gourdins pendant
trente minutes avant d'être placé, inconscient, dans un pilori pendant une
semaine. "Il n'a rien mangé pendant une semaine et a été envoyé à
l'hôpital, où il est mort", a-t-il affirmé. L'armée birmane a doublé en
taille depuis 1988, et avec un nombre estimé de soldats de 350.000, elle est
l'une des plus importantes d'Asie du sud-est. Human Rights Watch estime le
nombre de conscrits de moins de 18 ans à plus de 70.000. "La communauté
internationale reconnaît de plus en plus comme inacceptable le recours aux
enfants soldats" ajoute Jo Becker. "L'armée birmane et les groupes
armés doivent cesser immédiatement de recruter des enfants et démobiliser tous
ceux qui se trouvent dans ses rangs".
Conférence Kachin : un pas trés important en avant.
Source : Irrawaddy, 22 octobre 2002
Alors que la situation politique et humanitaire devient de plus en plus
sensible dans cette région, les différents groupes ethniques Kachin se sont
réunis à l’appel du plus important d’entre eux, la Kachin Independent
Organization (KIO), pour une conférence publique à Laiza, près de la frontière
chinoise. Le but avoué etait de mettre sur pied une plateforme commune
représentant le peuple Kachin.
Plus de 300 délégués se sont réunis pendant cinq jours pour discuter du futur
de la région et de sa population.
Interdiction de deux magazines par le Bureau de la censure
RSF, 30 octobre 2002
Reporters sans frontières et la Burma Media Association (BMA, organisation de
journalistes birmans en exil) déplorent la censure dont ont été victimes deux
magazines sur décision du Comité de contrôle des ?uvres littéraires (Bureau de
la censure). Les deux organisations dénoncent les sanctions prises à l'encontre
des deux publications, témoignant une fois de plus du manque de volonté du
Conseil d'Etat pour la paix et le développement (SPDC) d'alléger sa main mise
sur la presse privée du pays. Reporters sans frontières et la BMA ont demandé
au lieutenant-général Tin Hlaing, ministre birman de l'Intérieur, d'annuler
immédiatement ces décisions et de mettre fin au contrôle préalable de
l'information.
Selon les informations recueillies par Reporters sans frontières et la BMA, le
10 octobre, le Bureau de la censure a interdit de publication pendant un mois
les magazines Han Thit et Beauty Magazine. Selon la radio Democratic Voice of
Burma (DVB), le mensuel Han Thit (New Style) s'est vu infliger cette sanction
pour avoir cité dans son numéro d'octobre, un texte du poète décédé en
septembre Maung Chaw Nwe, faisant référence à un autre homme de lettres, Ko
Lay. Les travaux littéraires de ce dernier sont interdits par le Bureau de la
censure depuis 1997 en raison de sa participation à une réunion littéraire
organisée par la Ligue nationale pour la démocratie (NLD). Depuis lors, il est
formellement prohibé de mentionner son nom dans les journaux.
Parallèlement, Beauty Magazine a été interdit de publication pour avoir fait
paraître une publicité relative à une société thaïlandaise. Déjà à la fin du
mois de mai, Reporters sans frontières et la BMA avaient dénoncé la décision du
SPDC d'interdire toutes publicités relatives à la Thaïlande dans les colonnes
des médias privés. Les éditeurs s'étaient vus obligés de signer une lettre dans
laquelle ils s'engageaient à respecter cet ordre. Cette décision faisait suite
à la crise diplomatique et militaire entre les deux Etats voisins et qui avait
entraîné la fermeture des postes frontières. Malgré une relative normalisation
des relations entre la Birmanie et la Thaïlande depuis la réouverture des
postes de Mae Sai, Mae Sot et Ranong, le 15 octobre après cinq mois de querelles
bilatérales, l'interdiction persiste et menace toujours les publications
privées dont les entreprises thaïes étaient jusqu'alors les principaux
annonceurs.